Vladimir Poutine a célébré son 74e anniversaire en compagnie d’un invité particulièrement controversé en Allemagne. Le président russe a reçu mercredi 7 octobre l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, âgé de 82 ans, à sa résidence, à l’occasion d’une visite de ce dernier à Moscou. L’information a été confirmée jeudi par le Kremlin, qui a également diffusé des photographies montrant les deux hommes souriants, se serrant la main devant un poêle traditionnel russe et un samovar. Selon la présidence russe, Vladimir Poutine aurait appris par les médias la présence de son ancien homologue dans la capitale et décidé de l’inviter personnellement. Une rencontre présentée comme privée, mais qui prend une dimension politique particulière alors que les relations entre Berlin et Moscou restent profondément dégradées depuis le déclenchement de l’offensive russe contre l’Ukraine en février 2022.
Gerhard Schröder, qui a dirigé l’Allemagne de 1998 à 2005 sous les couleurs du Parti social-démocrate (SPD), entretient depuis plus de vingt ans une relation privilégiée avec Vladimir Poutine. Contrairement à la plupart des anciens responsables européens, il n’a jamais totalement rompu ses liens avec le président russe, malgré les sanctions occidentales et la guerre en Ukraine. Sa présence à Moscou s’explique officiellement par ses nouvelles responsabilités au sein du conseil de surveillance d’Hyperglobus, société exploitant les activités russes de l’enseigne de distribution Globus. L’ancien chancelier avait d’ailleurs rencontré des salariés de l’entreprise avant son entretien avec Vladimir Poutine. Cette nouvelle fonction confirme le maintien de ses activités économiques en Russie, après ses précédents engagements auprès de groupes énergétiques russes, notamment Rosneft et Gazprom.
Une amitié embarrassante pour Berlin en pleine guerre en Ukraine
Cette proximité persistante constitue depuis plusieurs années une source de tensions au sein de la classe politique allemande. Gerhard Schröder a été vivement critiqué pour son refus de prendre clairement ses distances avec Vladimir Poutine après l’invasion de l’Ukraine. Ses relations professionnelles avec les entreprises énergétiques russes ont également alimenté les accusations de conflits d’intérêts et les débats sur l’influence de Moscou en Allemagne. L’ancien chancelier avait notamment soutenu le développement des gazoducs Nord Stream, destinés à acheminer du gaz russe vers l’Allemagne. Son maintien dans les cercles économiques et politiques russes contraste désormais avec la politique de soutien à l’Ukraine menée par Berlin. La diffusion des photographies de cette rencontre offre ainsi au Kremlin une occasion de montrer que Vladimir Poutine conserve des relations personnelles avec certaines figures historiques de la politique européenne, malgré son isolement diplomatique auprès de nombreux gouvernements occidentaux.
Au-delà de l’anniversaire, cette rencontre intervient dans un contexte où Moscou cherche à maintenir des canaux de communication avec les responsables européens. En mai dernier, Vladimir Poutine avait évoqué la possibilité de voir Gerhard Schröder jouer un rôle d’intermédiaire dans d’éventuelles négociations concernant l’Ukraine, une perspective rejetée par des ministres européens des Affaires étrangères. Aucune discussion diplomatique officielle ni initiative de médiation n’a toutefois été annoncée à l’issue de leur rencontre du 7 octobre. Pour l’ancien chancelier, cette nouvelle visite confirme une fidélité personnelle à Vladimir Poutine devenue politiquement coûteuse en Allemagne. Pour le président russe, les images publiées par le Kremlin permettent surtout d’entretenir le récit d’une relation qui résiste aux bouleversements géopolitiques. Plus de vingt ans après leur première collaboration au sommet des relations germano-russes, les deux hommes continuent d’afficher une proximité que la guerre en Ukraine n’a manifestement pas remise en cause.

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