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Sécheresse en Europe : des réacteurs nucléaires contraints à l’arrêt faute d’eau

Sécheresse en Europe : des réacteurs nucléaires contraints à l’arrêt faute d’eau
Sécheresse en Europe : des réacteurs nucléaires contraints à l’arrêt faute d’eau

La baisse du niveau des cours d’eau provoquée par les sécheresses estivales met sous pression les centrales nucléaires européennes. En France, en Hongrie et en Roumanie, plusieurs réacteurs ont dû être stoppés ou réduits en raison du manque d’eau disponible pour leur refroidissement.

Trois réacteurs français étaient à l’arrêt mardi 4 août : les deux unités de la centrale de Chooz, dans les Ardennes, et un réacteur de Cattenom, en Moselle. EDF a invoqué la baisse du débit de la Meuse et de la Moselle. Pour Chooz, l’arrêt découle d’un accord franco-belge de 1998 qui impose l’interruption des réacteurs en dessous d’un certain seuil de débit. « C’est un accord de partage de l’eau », résume Valérie Faudon, déléguée générale de la Société française d’énergie nucléaire. Ailleurs, les arrêts répondent aux règles de rejets thermiques destinées à protéger la faune et la flore aquatiques.

La France compte 57 réacteurs, qui couvrent près de 70 % de sa production électrique. Tous sont implantés en bord de cours d’eau ou sur le littoral, l’eau servant au refroidissement des installations avant d’être restituée à l’environnement, intégralement ou à plus de 90 % selon les systèmes utilisés. Malgré les arrêts en cours, Valérie Faudon souligne que « la France demeure hyper excédentaire » : le pays a même battu un record d’exportation d’électricité sur le premier semestre 2026, selon les chiffres du gestionnaire RTE.

La situation est autrement plus critique à l’est du continent. En Hongrie, la centrale de Paks, alimentée par le Danube, a frôlé l’arrêt total, du jamais-vu en 44 ans d’exploitation. Des ingénieurs sont parvenus lundi à maintenir au moins une turbine en fonctionnement. Cette centrale assure habituellement un tiers des besoins en électricité de l’Europe centrale. Budapest prévoit de limiter le déficit en restreignant la consommation industrielle et en important de l’électricité.

En Roumanie, la centrale de Cernavoda, également refroidie par le Danube, a nécessité l’intervention de la marine nationale. Celle-ci a procédé à des explosions contrôlées sur des rochers du canal de Bala pour diriger l’eau vers le site, le 3 août. Un réacteur a malgré tout dû être arrêté.

Le Danube frappe aussi la Serbie : un barrage a vu sa production divisée par cinq, et les centrales hydroélectriques du pays ont perdu jusqu’à 20 % de leur capacité.

Ces difficultés alimentent le débat sur la fiabilité à long terme du nucléaire face au changement climatique. Roger Spautz, chargé de campagne nucléaire chez Greenpeace France et Luxembourg, estime que « le nucléaire, ce n’est pas une solution pour lutter contre le changement climatique ». Il prédit des arrêts de plus en plus longs : « À l’avenir, la mise à l’arrêt de réacteurs ne sera plus l’affaire d’une, deux ou trois semaines comme c’est le cas actuellement, mais de périodes bien plus longues, pendant lesquelles certaines régions ne pourront plus compter sur leurs centrales. »

Le programme de recherche Explore2, coordonné par l’Inrae, projette une baisse de l’étiage de 15 % en moyenne sur les fleuves français d’ici à 2050, avec des reculs plus marqués dans le sud du pays. Paul Dorfman, chercheur associé à l’université du Sussex et président du Nuclear Consulting Group, juge que les solutions techniques restent limitées. Longtemps présenté comme une énergie pilotable, l’atome devient selon lui une « victime du climat », soumis aux aléas météorologiques au même titre que le solaire ou l’éolien.

Les partisans du nucléaire citent des exemples d’adaptation, comme la centrale de Palo Verde en Arizona, refroidie avec les eaux usées traitées de la région de Phoenix. Mais ces cas demeurent marginaux. Sur le continent européen, la part du nucléaire dans le mix électrique reste stable à 23 %, tandis que les renouvelables ont progressé de 37,4 % à 47,5 % entre 2020 et 2024, portant désormais l’essentiel de la décarbonation du secteur.

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