Le 29 août, les quelque 400 000 Islandais sont appelés à se prononcer sur la réouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne, suspendues depuis plus d’une décennie. Le scrutin ne porte pas sur une entrée immédiate dans le bloc, mais les sondages annoncent un résultat serré.
La question posée aux électeurs est directe : « L’Islande doit-elle rouvrir les négociations d’adhésion à l’Union européenne ? » Un « oui » n’ouvrirait pas les portes de l’UE, mais relancerait seulement des pourparlers interrompus après un changement de gouvernement au début des années 2010, eux-mêmes engagés en 2010 à la suite de la crise bancaire. Un second référendum resterait nécessaire avant toute adhésion effective.
À Reykjavik, le camp du « oui » a lancé sa campagne dans une atmosphère festive. Snaeros Sindradottir, 34 ans, directrice exécutive du mouvement pro-européen, a mis entre parenthèses la gestion de sa galerie d’art pour se consacrer à plein temps à la cause. Elle cite les menaces du président américain Donald Trump à l’égard du Groenland voisin comme un argument supplémentaire en faveur d’un rapprochement avec Bruxelles. « Il n’est pas très rassurant que Trump ait plusieurs fois confondu le Groenland et l’Islande », note-t-elle. L’Islande, qui n’a pas d’armée permanente, compte sur l’OTAN, dont elle est membre fondateur, et sur un accord bilatéral de défense avec Washington. Mais pour Snaeros Sindradottir, « la sécurité serait nettement renforcée si nous rejoignions l’UE ».
L’argument économique nourrit aussi le débat. Pawel Bartoszek, président de la commission des affaires étrangères du Parlement, pointe la volatilité de la couronne islandaise, qui se traduit par une inflation et des taux d’intérêt élevés. Les taux hypothécaires atteignent couramment 8 à 9 % en Islande, soit environ le double de ce que paient les emprunteurs dans une grande partie de l’Europe continentale. L’adoption de l’euro à terme pourrait, selon lui, alléger ce fardeau pour les ménages et les entreprises.
Face à eux, le camp du « non » défend une vision radicalement différente. Haraldur Olafsson, professeur de physique et président de l’organisation Heimssyn, consacre jusqu’à douze heures par jour à militer contre l’adhésion. « Nous donnerions notre pouvoir à quelqu’un d’autre, qui édictera des règles que nous ne pourrons pas contrôler », dit-il. Pour lui, la menace ne vient ni de Moscou ni de Washington, mais de Bruxelles : « L’Union européenne est la seule grande puissance au monde qui veuille gouverner l’Islande. »
La pêche cristallise les tensions. L’industrie halieutique constitue l’un des piliers de la prospérité islandaise, et la question du contrôle des ressources marines divise profondément les deux camps. Agust Österby, ancien pêcheur qui restaure aujourd’hui des bateaux en bois dans le port de Reykjavik, résume le sentiment de beaucoup : « Nous ne donnerons jamais notre liberté à l’Union européenne. Nous savons exactement comment faire les choses en Islande. »
Le débat traverse les lignes partisanes traditionnelles au Parlement. Gudrun Hafsteinsdottir, chef de file du Parti de l’indépendance dans l’opposition, redoute que l’Islande ne se noie dans la masse européenne. « Au Parlement européen, nous aurions environ six sièges sur 726. Nous risquons de disparaître », dit-elle, soulignant que des États membres aussi petits que Malte, le Luxembourg ou Chypre disposent du même nombre minimal de sièges. Elle juge par ailleurs que la sécurité du pays repose sur l’OTAN et l’accord bilatéral avec les États-Unis, et non sur une adhésion à l’UE.
Le politologue Audunn Arnorsson, lui, met en garde contre l’illusion d’un profil bas suffisant à tenir l’Islande à l’écart des pressions internationales. Il estime que la perspective d’une adhésion à l’UE, avec notamment l’accès à l’union douanière commune, pourrait constituer un levier précieux si l’île venait à subir des pressions comparables à celles exercées sur le Groenland. C’est aussi lui qui analyse le référendum comme le seul moyen de sortir d’une impasse politique durable sur la question européenne.
Les sondages donnent les deux camps au coude à coude, et les nombreux indécis devraient peser lourd sur le résultat du 29 août. Kristjan Ingolfsson, évêque à la retraite installé dans la campagne de l’Hvalfjord, veut croire que le vote ne fracturera pas durablement la société : « Quoi qu’il arrive, nous resterons un seul peuple. »
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