Le Parlement hongrois a élu ce mardi, András Baka, 73 ans, à la présidence de la République par 140 voix contre 6. Cet ancien président de la Cour suprême, que Viktor Orbán avait lui-même évincé en 2011, devra superviser la rédaction d’une nouvelle constitution et veiller au démantèlement de l’héritage institutionnel de l’ancien Premier ministre.
András Baka connaît bien les revers de fortune politiques. En 2011, le gouvernement Fidesz l’avait chassé de la présidence de la Cour suprême pour avoir tenté de s’opposer à l’affaiblissement de l’État de droit. Quatorze ans plus tard, c’est ce même parcours qui lui vaut d’être porté à la tête de l’État hongrois par le gouvernement de Péter Magyar.
Devant le Parlement, Baka a prononcé un discours d’une tonalité délibérément apaisante. « Nous ne pouvons pas construire la nouvelle Hongrie sur la vengeance », a-t-il déclaré. « La majorité de la société ressent aujourd’hui un sentiment de libération et d’espoir. D’autres éprouvent de la déception et de l’incertitude. Dans une société démocratique, ce n’est pas une anomalie, c’est un état naturel des choses. »
Les 51 députés du Fidesz ont quitté l’hémicycle avant le vote, en signe de protestation contre l’éviction de leur candidat Tamás Sulyok, destitué du poste le mois dernier. Le parti d’Orbán accuse le gouvernement Tisza d’instaurer une « tyrannie ».
Baka a passé dix-sept ans comme juge hongrois à la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg. « Je ne suis pas un homme politique », avait-il confié à la BBC le mois dernier. « Je me suis retrouvé impliqué en politique par ma façon de penser professionnelle et juridique. »
Sa présidence s’annonce pourtant loin d’être de pure forme. Avant même d’être sollicité pour le poste, il avait exprimé son opposition à la limitation du nombre de mandats des députés, inscrite dans les amendements constitutionnels récemment adoptés, y voyant une atteinte au droit des électeurs de choisir librement leurs représentants. Le gouvernement Magyar, qui espère peut-être un président docile, pourrait être surpris.
Depuis son entrée en fonctions début mai, le gouvernement a adopté vingt-sept lois et deux amendements constitutionnels. Les états d’urgence liés aux migrations, au Covid et à la guerre en Ukraine, dont Orbán se servait pour gouverner par décret, ont été levés. L’Office de protection de la souveraineté, utilisé pour cibler journalistes critiques et ONG, a été supprimé. Un Office national de recouvrement et de protection des actifs, doté de larges pouvoirs d’enquête et de poursuites contre les personnes accusées de détournements de fonds publics sous l’ancien gouvernement, a pris sa place.
Les chaînes de radio et de télévision publiques sont hors antenne depuis le 9 juillet, le temps d’une refonte de leurs programmes d’information, avec pour objectif affiché de les soustraire à leur rôle de relais de la propagande gouvernementale de l’ère Fidesz.
La présidence de Baka est conçue comme transitoire. Un amendement constitutionnel prévoit qu’il restera en poste jusqu’à l’entrée en vigueur de la nouvelle constitution, avec un mandat plafonné à cinq ans. Devant le Parlement, il a tenu à rappeler une conviction fondamentale : « L’État n’existe pas pour lui-même. Il existe pour le peuple. »
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