Entrevue MONDE

Au Bangladesh, la montée en puissance d’un parti islamiste inquiète les modérés

Au Bangladesh, la montée en puissance d’un parti islamiste inquiète les modérés
Au Bangladesh, la montée en puissance d’un parti islamiste inquiète les modérés

Longtemps marginalisé et exclu du jeu électoral, le principal parti islamiste du Bangladesh, Jamaat-e-Islami, opère un retour remarqué à l’approche des élections législatives prévues le mois prochain. Cette résurgence, nourrie par un discours anticorruption et une stratégie de relooking politique, suscite de vives inquiétudes parmi les électeurs modérés et les minorités religieuses.

Banni des élections pendant plus de dix ans en raison de positions jugées incompatibles avec la Constitution laïque du pays, le Jamaat a profité du bouleversement politique provoqué par le renversement de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina en 2024. Avec l’interdiction de la Ligue Awami, son parti historique, le Jamaat tente de se présenter comme une alternative morale et sociale dans un pays de 175 millions d’habitants majoritairement musulmans.

Sous la direction de Shafiqur Rahman, le parti met en avant ses actions humanitaires, ses campagnes médicales et son aide aux victimes de catastrophes naturelles. Il insiste également sur un positionnement plus inclusif, affirmant vouloir rompre avec l’image radicale qui lui colle à la peau. Selon un sondage récent de l’International Republican Institute, le Jamaat figure désormais parmi les formations politiques les plus appréciées, au coude-à-coude avec le Parti nationaliste du Bangladesh.

Pour la première fois, le parti a désigné un candidat hindou et condamné publiquement les violences visant les minorités. Il a également scellé une alliance électorale avec le Parti national citoyen, issu de la génération Z et du mouvement de contestation qui a conduit à la chute de l’ancien pouvoir. Cette alliance vise à élargir sa base électorale et à séduire une jeunesse en quête de renouvellement politique.

Malgré ces gestes, le scepticisme demeure. Le Jamaat n’a présenté aucune femme parmi ses candidats directs, suscitant des critiques sur le caractère jugé superficiel de sa mue idéologique. Des organisations féministes dénoncent des promesses creuses, rappelant les positions conservatrices passées du parti sur le rôle des femmes dans la société.

Dans le même temps, plusieurs incidents visant des sanctuaires hindous et soufis, ainsi que des événements culturels jugés non islamiques, ont ravivé les craintes d’une radicalisation du climat social. Bien que le gouvernement intérimaire affirme adopter une ligne de tolérance zéro face à ces violences, des représentants des minorités disent ressentir une insécurité croissante.

Alors que le Jamaat consolide un réseau d’alliances avec d’autres formations islamistes et se prépare à présenter des candidats dans une large partie des circonscriptions, une question domine le débat politique : s’agit-il d’une réelle transformation idéologique ou d’une stratégie opportuniste pour accéder au pouvoir ? Pour de nombreux observateurs, l’issue du scrutin pourrait redessiner en profondeur l’équilibre politique et sociétal du Bangladesh.

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