L’industrie automobile européenne s’invite de plus en plus dans la production d’armements. L’équipementier allemand Schaeffler va assembler en France plusieurs centaines de drones militaires commandés par la Direction générale de l’armement (DGA) aux entreprises Delair et KNDS. L’objectif affiché par les industriels est particulièrement ambitieux : multiplier par dix les capacités de production de ces appareils destinés aux forces armées françaises. À partir de novembre 2026, une usine française de Schaeffler doit être capable d’assembler jusqu’à 100 drones par jour, contre une dizaine actuellement. L’annonce, faite mardi 13 octobre, illustre l’accélération de la transformation industrielle engagée par les pays européens pour répondre aux besoins croissants de leurs armées. Face à l’utilisation massive des drones dans les conflits contemporains, notamment en Ukraine, les industriels de la défense cherchent désormais à produire plus rapidement, en plus grandes quantités et à des coûts maîtrisés.
Le modèle concerné, baptisé MX-10 Damocles, est une munition téléopérée développée conjointement par la société française Delair et le groupe franco-allemand KNDS. Il s’agit d’un appareil conçu pour atteindre une cible militaire et exploser à son contact. Doté d’une charge explosive de 500 grammes et d’une portée d’environ dix kilomètres, ce drone est notamment destiné à neutraliser des véhicules légèrement blindés ou de petites embarcations militaires. Delair assure la conception de la plateforme aérienne, tandis que KNDS fournit la charge militaire. Les premières livraisons à l’armée de terre et à la Marine nationale ont débuté en décembre 2025, après la signature d’un contrat en juillet 2024. Quelques centaines d’appareils ont déjà été remis aux forces françaises, et une nouvelle commande portant sur un volume comparable vient d’être attribuée aux industriels. Son montant demeure confidentiel, tout comme celui des premières commandes à l’exportation évoquées par les deux partenaires. Les nouveaux exemplaires destinés à la France doivent être livrés en moins d’un an.
Les usines automobiles deviennent un nouvel atout pour l’industrie de défense
Le recours à Schaeffler répond à une logique industrielle bien précise. Spécialisé dans les roulements, les composants mécaniques et les équipements destinés aux constructeurs automobiles, le groupe allemand maîtrise les techniques de fabrication en grande série. Son arrivée dans la chaîne de production doit permettre à Delair et KNDS de franchir une nouvelle étape dans l’industrialisation du Damocles, dont la qualification par la DGA est déjà acquise. Un accord conclu en juin prévoit également la fabrication de l’Aspik, un drone intercepteur développé pour répondre à la multiplication des menaces aériennes. L’investissement est soutenu par Delair avec la participation de la DGA. Pour Rémy Triouleyre, directeur général Europe de Schaeffler, cette coopération doit contribuer à construire une industrie européenne de défense capable d’augmenter rapidement ses cadences en cas de besoin. La mobilisation des équipementiers automobiles présente un avantage important : ces entreprises disposent déjà de sites industriels, de personnels qualifiés et de chaînes d’approvisionnement adaptées à la fabrication de grandes quantités de composants.
Cette évolution ne concerne d’ailleurs pas uniquement Schaeffler. Renault prépare également son entrée dans la production de drones militaires, avec deux projets développés en partenariat avec Turgis Gaillard et Thales. Le constructeur attend des commandes de la DGA pour lancer la fabrication en série, notamment sur son site du Mans. De son côté, Valeo doit commencer début 2027 à produire des moteurs électriques pour les appareils de la start-up française Harmattan AI, tandis que Forvia prévoit d’assembler des drones intercepteurs pour MBDA et Alta Ares, avec une capacité visée de 1 000 unités par mois en France et en Allemagne. Cette diversification témoigne d’un rapprochement croissant entre deux secteurs industriels longtemps distincts. Pour les constructeurs et équipementiers automobiles, la défense représente une possibilité de valoriser leurs capacités de production dans un environnement économique difficile. Pour les armées européennes, elle permet d’envisager une fabrication plus rapide et plus importante d’équipements devenus indispensables sur les champs de bataille. Reste à transformer ces projets en capacités industrielles durables, capables de répondre aux commandes militaires sans fragiliser les activités automobiles traditionnelles.

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