Il aura passé plus d’un siècle dans les poches des Parisiens, dans les portefeuilles des touristes et au fond de millions de sacs. Le petit ticket en carton des transports franciliens vit désormais ses derniers mois. Après une disparition progressive des guichets et des distributeurs, les derniers exemplaires encore en circulation cesseront d’être acceptés le 15 décembre 2026 sur le métro, les trains et le RER. Cette fois, le petit rectangle de carton qui accompagne les voyageurs depuis 1900 quittera définitivement les portillons parisiens.
Le dernier voyage aura lieu le 15 décembre 2026
La fin du ticket carton était annoncée depuis plusieurs années, mais son calendrier a été plusieurs fois ajusté. Sa vente est déjà terminée sur le réseau francilien. Depuis novembre 2025, il n’est plus possible d’acheter les anciens tickets t+ et billets Origine-Destination en carton dans les distributeurs des stations et des gares.
Leur utilisation a néanmoins été prolongée afin de permettre aux voyageurs d’écouler les titres qu’ils possèdent encore. Après un premier report de leur disparition en 2026, la date définitive est désormais fixée : les tickets t+ en carton resteront utilisables dans le métro jusqu’au 15 décembre 2026. Les anciens billets Origine-Destination pourront eux aussi être utilisés jusqu’à cette date sur le trajet pour lequel ils avaient été achetés.
Dans les bus et les tramways, le vieux ticket carton appartient déjà au passé : il n’y est plus accepté.
Un petit morceau de carton né avec le métro parisien en 1900
Pour les nostalgiques, cette disparition dépasse largement la simple évolution d’un moyen de paiement. L’histoire du ticket se confond avec celle du métro parisien.
Le premier titre est délivré le 19 juillet 1900, jour de l’ouverture de la ligne 1 entre Porte Maillot et Porte de Vincennes. Quelque 30 000 billets sont vendus dès cette première journée. À l’époque, ils mesurent 5,7 centimètres sur 3 et leur couleur permet de distinguer les différentes classes et les différents tarifs.
Avant les portillons automatiques, le voyageur présente son billet à un agent chargé de le poinçonner. Le geste devient tellement familier qu’il entre dans la culture populaire, notamment avec Le Poinçonneur des Lilas de Serge Gainsbourg.
Au fil des décennies, le ticket change de dimensions, de graphisme et de couleur. Rose, crème, jaune, vert, blanc ou violet, plusieurs générations de voyageurs peuvent reconnaître presque instantanément « leur » ticket de métro. Sa disparition avait déjà commencé à transformer les habitudes des voyageurs bien avant l’arrêt définitif prévu cette année.
Du poinçon à la bande magnétique
Le ticket se modernise à mesure que le réseau évolue. En 1969, une piste magnétique apparaît au dos du titre de transport. En 1973, l’ensemble des stations de métro est équipé de dispositifs capables de lire ces nouveaux billets.
Le fameux ticket jaune fluorescent à bande magnétique marron devient ensuite l’un des objets familiers du Paris des années 1970 et 1980. Plié, froissé, oublié dans une poche ou parfois démagnétisé, il accompagne des milliards de trajets.
La technologie qui avait fait sa modernité finit cependant par provoquer sa disparition. Chaque année, plusieurs millions de tickets étaient démagnétisés, tandis qu’une partie des carnets achetés n’était jamais utilisée. La généralisation des supports sans contact a progressivement rendu le ticket magnétique inutile.
Navigo Easy et smartphone ont pris sa place
Depuis le 1er janvier 2025, la tarification francilienne a été profondément simplifiée. Les voyageurs occasionnels utilisent désormais principalement des titres dématérialisés chargés sur un passe Navigo Easy ou directement sur un smartphone.
Le ticket Métro-Train-RER permet de voyager sur le réseau ferré, tandis que le ticket Bus-Tram est destiné aux déplacements de surface. Navigo Liberté+ permet de son côté de valider les déplacements au fur et à mesure avant une facturation mensuelle.
Cette transformation accompagne une dématérialisation beaucoup plus large des transports franciliens. Elle intervient alors que le prix du passe Navigo a encore évolué en 2026 et que les moyens d’accès au réseau continuent de changer.
Vous avez encore de vieux tickets ? Ne les jetez pas tout de suite
Les voyageurs qui retrouveraient quelques tickets au fond d’un portefeuille disposent encore de plusieurs mois pour les utiliser. Après le 15 décembre 2026, ils ne permettront plus de franchir les portillons.
Ils ne deviendront toutefois pas immédiatement de simples souvenirs. Jusqu’au 14 janvier 2027, les anciens tickets t+ et billets Origine-Destination pourront encore être échangés contre leur équivalent numérique selon les modalités prévues par les réseaux de transport.
Passé cette dernière échéance, les exemplaires conservés n’auront plus qu’une valeur sentimentale ou de collection.
Après 126 ans, un symbole parisien rejoint l’histoire
Le métro continuera évidemment de transporter des millions de voyageurs, mais un geste quotidien disparaîtra avec le ticket carton : chercher son billet dans sa poche, le glisser dans la fente du portillon, attendre qu’il ressorte à l’autre extrémité puis le conserver jusqu’à la sortie.
À partir du 16 décembre 2026, le petit rectangle de carton appartiendra définitivement au passé. 126 ans après son apparition avec la toute première ligne du métro parisien, les nostalgiques auront peut-être intérêt à en garder un exemplaire. Cette fois, il ne servira plus à voyager. Il servira à se souvenir.
