Le Paraguay connaît un bouleversement politique majeur après la destitution de son président Santiago Peña, emporté par un scandale bancaire qui a plongé le pays dans une crise financière et sociale. Vendredi 6 novembre, le Sénat paraguayen a voté la révocation du chef de l’État, au pouvoir depuis août 2023, à l’issue d’une procédure de destitution engagée pour manquements présumés dans l’exercice de ses fonctions. Les 44 sénateurs présents ont approuvé son départ, ouvrant immédiatement la voie à son remplacement par le vice-président Pedro Alliana. Âgé de 52 ans et membre du Parti Colorado, la formation conservatrice au pouvoir, ce dernier a prêté serment devant le Congrès dans la soirée. Il devra assurer la présidence jusqu’en août 2028, date prévue de la fin du mandat initial de Santiago Peña.
Cette crise trouve son origine dans l’effondrement de Ueno Bank, une banque numérique devenue en quelques années un acteur majeur du système financier paraguayen. Mardi 3 novembre, la Banque centrale du Paraguay avait décidé de placer l’établissement sous administration en raison de graves problèmes de solvabilité et d’irrégularités présumées dans sa gestion. Cette intervention a entraîné le gel des comptes de près de trois millions de clients, parmi lesquels des particuliers, des entreprises et des retraités. La situation a rapidement provoqué des manifestations dans plusieurs villes, notamment à Asunción, où des milliers de personnes ont réclamé le remboursement de leurs économies et des sanctions contre les responsables. Santiago Peña s’est retrouvé directement mis en cause en raison de ses anciens liens financiers avec le groupe propriétaire de la banque et du placement de fonds publics dans l’établissement pendant sa présidence.
Santiago Peña assigné à résidence, son successeur promet des remboursements
Quelques minutes après sa destitution, Santiago Peña a été placé en résidence surveillée dans le cadre des investigations judiciaires ouvertes sur le scandale bancaire. Les procureurs examinent notamment de possibles faits d’abus de confiance, de trafic d’influence et de détournement de fonds. L’ancien président, qui conteste les accusations portées contre lui, avait présenté sa démission jeudi dans l’espoir de mettre fin à la crise politique. Le Parlement avait cependant refusé cette solution, préférant poursuivre la procédure de destitution. Cette décision a également des conséquences judiciaires importantes, puisqu’une démission aurait pu lui permettre de bénéficier du statut de sénateur à vie et des protections parlementaires qui y sont associées. La chute de Santiago Peña intervient après la perte du soutien d’une partie de son propre camp, notamment de l’ancien président Horacio Cartes, figure influente du Parti Colorado.
Désormais à la tête du pays, Pedro Alliana doit répondre à l’urgence financière tout en restaurant la confiance dans les institutions. Lors de sa prise de fonctions, il a promis que les épargnants touchés par la faillite de Ueno Bank seraient intégralement indemnisés. Les autorités monétaires ont déjà engagé les premiers remboursements, avec une priorité accordée à certains petits déposants, tandis que le fonds de garantie devrait couvrir la totalité des avoirs d’une grande majorité des clients. La tâche du nouveau président s’annonce néanmoins délicate, d’autant qu’il a lui-même été cité dans les controverses entourant la gestion de la crise bancaire, sans qu’une procédure de destitution à son encontre ait été approuvée. Au-delà des difficultés immédiates, cette transition présidentielle soulève des interrogations sur les relations entre les responsables politiques, les établissements financiers et les autorités de régulation. Pour le Paraguay, l’enjeu est désormais de stabiliser son système bancaire, de protéger les économies des ménages et de rétablir la crédibilité de l’État après une crise qui a provoqué la chute de son président en quelques jours.









Réagir à l’article
Soyez le premier à commenter cet article.