L’affaire des messages antisémites attribués à Jordan Bardella connaît un nouveau développement ce jeudi. Après avoir publié lundi des conversations datant notamment de 2013, Mediapart détaille désormais la méthode employée pour tenter d’en établir l’authenticité et d’identifier leur auteur. Le président du Rassemblement national maintient son démenti et avait qualifié les documents de « faux grossiers ».
Des données récupérées directement auprès de Meta
Mediapart affirme avoir travaillé à partir des données Facebook de deux personnes différentes ayant échangé avec un compte référencé sous le nom de Jordan Bardella.
Pour l’une d’elles, le média explique lui avoir demandé de récupérer directement auprès de Meta ses données personnelles de l’année 2013. L’archive ainsi générée contenait les conversations Messenger concernées. Une deuxième personne de l’ancien entourage de Bardella aurait effectué séparément la même opération.
Mediapart affirme également avoir fait constater par huissier, le 29 septembre, l’extraction des données. Les captures publiées correspondent à des messages que le média dit avoir ainsi authentifiés.
Le point contesté : qui se trouvait derrière le compte ?
C’est désormais sur cette question que se concentre une partie de la contestation.
Des soutiens de Jordan Bardella font valoir qu’une conversation extraite des données Facebook d’un tiers peut démontrer l’existence de messages échangés avec un compte portant son nom sans nécessairement établir, à elle seule, l’identité de la personne qui utilisait effectivement ce compte.
Sur X, le compte Bleu Blanc Rouge avance ainsi que « rien n’authentifie que ce compte appartienne vraiment à Jordan Bardella », en soulignant qu’un autre compte était utilisé par Bardella pour sa communication politique.
Cette objection doit cependant être distinguée d’une accusation de fabrication des messages : elle ne conteste pas nécessairement l’intégrité de l’archive récupérée auprès de Meta, mais l’attribution du compte à Bardella.
Mediapart répond par une série de recoupements personnels
C’est pour établir cette attribution que Mediapart dit avoir multiplié les vérifications.
L’auteur des conversations mentionnerait plusieurs informations correspondant à la biographie de Jordan Bardella : l’origine de ses parents, son engagement auprès de Marine Le Pen, son anniversaire, ses études ou son échec au concours de Sciences Po en 2013.
Un autre élément concerne Le Parisien. L’auteur des messages évoque son apparition dans l’édition du 11 juillet 2013 à propos d’une pétition contre la suppression de la bourse au mérite. Mediapart affirme avoir retrouvé cette édition et constaté que Jordan Bardella y figurait.
L’interlocuteur raconte également avoir aidé des migrants à apprendre le français avec l’association Africavenir à Saint-Denis. Une expérience que Bardella a lui-même relatée des années plus tard dans son autobiographie.
Pour Mediapart, l’accumulation de ces éléments permet de rattacher le compte à Jordan Bardella.
Deux adresses Gmail viennent compléter les vérifications
Le média affirme également avoir identifié deux adresses Gmail utilisées par Jordan Bardella entre 2012 et 2014.
L’une apparaîtrait dans un fichier d’adhérents du Front national de la jeunesse datant de 2012. Mediapart assure avoir travaillé sur des messages originaux, et non sur de simples captures d’écran.
Parmi eux figure un courriel du 8 février 2014 envoyé par un ancien responsable du FN en Seine-Saint-Denis, accompagné du PDF d’un livre d’entretiens d’Alain Soral. L’expéditeur aurait confirmé aux journalistes être l’auteur du mail.
Deux questions différentes au cœur de l’affaire
La publication de ce jeudi oblige donc à distinguer deux niveaux.
Le premier concerne l’intégrité des conversations : Mediapart affirme qu’elles proviennent directement d’archives récupérées auprès de Meta et indique avoir fait constater l’une des extractions par huissier.
Le second concerne l’identité de la personne utilisant le compte. C’est sur ce terrain que portent désormais certaines contestations. Mediapart répond en avançant les informations biographiques contenues dans les conversations, les deux sources distinctes et les autres documents retrouvés.
Bardella avait formellement nié avant la publication de ces nouveaux éléments
Jordan Bardella avait assuré dès lundi n’avoir jamais tenu les propos qui lui sont attribués, « en public comme en privé, par oral ou par écrit », et dénoncé des « faux grossiers ». Marine Le Pen avait de son côté parlé d’une « barbouzerie ».
Le président du RN a engagé une action en diffamation contre Mediapart.
Les éléments rendus publics ce jeudi constituent donc la réponse de Mediapart à ce démenti : le média affirme désormais documenter non seulement l’intégrité des conversations récupérées auprès de Meta, mais également leur attribution à Jordan Bardella. Ses soutiens contestent toujours cette seconde étape de la démonstration, tandis que Bardella n’a, à cette heure, pas reconnu être l’auteur des messages.


