Le comédien et metteur en scène français Arnaud Denis est mort ce mardi à l’âge de 43 ans après avoir été euthanasié en Belgique. En situation d’invalidité sévère depuis plusieurs années, il avait engagé une procédure afin de mettre fin à des souffrances qu’il disait devenues insupportables. Son décès a été annoncé par son avocat, Me Philippe Courtois.
Depuis une opération d’une hernie inguinale et la pose d’un implant en 2023, Arnaud Denis racontait publiquement la dégradation considérable de son état de santé. Dès janvier, le comédien avait expliqué pourquoi il demandait à être euthanasié après les graves problèmes de santé apparus après son opération.
Une opération en 2023 qui bouleverse sa vie
Arnaud Denis avait été opéré en juillet 2023 d’une hernie inguinale. Une prothèse de renfort pariétal avait alors été posée. Selon le comédien, de nombreux troubles étaient apparus après l’intervention : douleurs importantes, perte de force, difficultés à marcher, épuisement et dégradation progressive de son état général.
L’implant avait ensuite été retiré, mais les problèmes de santé avaient persisté. Au fil des mois, Arnaud Denis avait multiplié les consultations et les traitements sans parvenir, selon lui, à retrouver une vie normale. Son autonomie s’était fortement réduite et il expliquait être devenu largement dépendant dans son quotidien.
En janvier dernier, il avait publiquement décrit l’impasse dans laquelle il estimait se trouver. « La médecine ne me propose plus rien », expliquait-il, affirmant avoir essayé les différentes solutions thérapeutiques qui lui avaient été proposées.
Une procédure d’euthanasie engagée en Belgique
Arnaud Denis avait commencé plusieurs mois auparavant ses démarches en Belgique, où l’euthanasie est autorisée sous certaines conditions. Il avait notamment été hospitalisé dans le pays en soins palliatifs et expliquait avoir longuement réfléchi à sa décision.
Quelques mois avant sa mort, il résumait ainsi sa situation : « Je considère que j’ai tout essayé. Vraiment tout. » Le comédien expliquait alors ne plus croire à une amélioration suffisamment importante de son état de santé et vouloir mettre fin aux douleurs qu’il disait subir quotidiennement.
La législation belge impose plusieurs conditions pour accéder à l’euthanasie. Pour un patient majeur, la demande doit notamment être volontaire, réfléchie et répétée. Le patient doit se trouver dans une situation médicale sans issue et faire état d’une souffrance physique ou psychique constante et insupportable résultant d’une affection grave et incurable.
Sa plainte venait d’être classée sans suite
Quelques jours seulement avant sa mort, Arnaud Denis avait appris le classement sans suite de la plainte contre X qu’il avait déposée pour blessures involontaires. La décision avait été motivée par une « infraction insuffisamment caractérisée ».
Cette plainte concernait les complications que le comédien associait à la pose de son implant anti-hernie. Son avocat avait ensuite décidé de saisir le doyen des juges d’instruction afin de tenter d’obtenir l’ouverture d’une information judiciaire.
Arnaud Denis avait exprimé sa colère après cette décision. Jusqu’à ses derniers jours, il voulait que son cas permette de faire avancer la question des complications liées à certaines prothèses de renfort pariétal et de la prise en charge des patients affirmant souffrir d’effets indésirables après leur pose.
Il avait créé un collectif de victimes d’implants anti-hernie
Le comédien avait créé le collectif « Victimes françaises des prothèses de hernies », destiné à rassembler les témoignages de patients disant souffrir de complications après la pose de ces dispositifs médicaux. Sur les réseaux sociaux, le groupe avait recueilli de nombreux récits de personnes évoquant des douleurs persistantes et une forte dégradation de leur qualité de vie.
Arnaud Denis était progressivement devenu l’un des visages de cette mobilisation. Il réclamait une meilleure information des patients avant la pose des implants, une prise en charge plus adaptée des complications et une reconnaissance plus importante des personnes estimant avoir été victimes de ces dispositifs.
Les implants de renfort pariétal restent très largement utilisés dans le traitement des hernies. Des complications sont néanmoins signalées chez certains patients, notamment des douleurs chroniques. Arnaud Denis souhaitait que son combat continue après sa mort et espérait que la médiatisation de son cas conduirait à une meilleure prise en compte des patients concernés.
Une carrière de théâtre brutalement interrompue
Né en 1983, Arnaud Denis avait été formé notamment auprès de Jean-Laurent Cochet avant de poursuivre son parcours au Conservatoire national supérieur d’art dramatique. À seulement 20 ans, il avait créé sa propre troupe, les Compagnons de la Chimère, qu’il a dirigée pendant une quinzaine d’années.
Comédien, dramaturge et metteur en scène, il avait consacré l’essentiel de sa carrière au théâtre. Ces dernières années, il avait notamment signé une adaptation des Liaisons dangereuses, créée au Théâtre Tête d’Or à Lyon avant d’être reprise à la Comédie des Champs-Élysées.
Le spectacle avait obtenu quatre nominations aux Molières 2025 et Delphine Depardieu avait remporté le Molière de la comédienne dans un spectacle de théâtre privé. Arnaud Denis devait initialement interpréter Valmont, mais son état de santé l’avait contraint à renoncer au rôle.
À 43 ans, Arnaud Denis laisse derrière lui une carrière consacrée au théâtre et plusieurs années de mobilisation autour des complications qu’il attribuait à son implant anti-hernie. Son combat avait progressivement dépassé son propre cas pour devenir celui de nombreux patients réunis au sein du collectif qu’il avait créé.

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