Passer son permis de conduire pourrait bientôt coûter sensiblement plus cher en France. Confrontées à l’envolée des prix à la pompe, les quelque 11 000 auto-écoles françaises se préparent à augmenter leurs tarifs pour compenser la hausse de leurs charges. Selon Patrick Mirouse, président de l’École de conduite française (ECF), le coût d’une formation pourrait progresser de 150 à 200 euros pour un forfait actuellement facturé autour de 1 600 euros. Une augmentation qui représenterait jusqu’à 12,5 % du prix initial et qui risque de compliquer davantage l’accès au permis, notamment pour les jeunes et les ménages modestes. Les professionnels dénoncent une situation devenue difficilement tenable, alors que leur activité repose sur l’utilisation quotidienne de véhicules particulièrement exposés aux variations du prix des carburants.
Les chiffres témoignent de l’ampleur des difficultés rencontrées par les établissements. Une voiture d’auto-école peut parcourir entre 45 000 et 60 000 kilomètres chaque année, soit bien davantage qu’un véhicule particulier. Depuis le début de la crise énergétique liée aux tensions au Moyen-Orient, les dépenses de carburant auraient augmenté de 30 à 40 % pour certains professionnels, selon Vincent Rageul, responsable régional de l’ECF en Bretagne. À Rennes, l’auto-école Republik affirme avoir vu son budget carburant progresser de 10 000 euros en neuf mois. Pour préserver son activité, l’établissement a déjà relevé le prix de l’heure de conduite de 52 à 55 euros. Une décision prise à contrecœur, alors que les marges restent particulièrement faibles dans le secteur. Selon Lorenzo Lefebvre, représentant du syndicat Mobilians, elles ne dépasseraient parfois pas deux à quatre euros par heure de formation.
Des professionnels exclus des aides gouvernementales
Cette hausse des coûts intervient alors que le gouvernement a annoncé plusieurs dispositifs de soutien destinés aux secteurs particulièrement dépendants des carburants. Mais les auto-écoles ne figurent pas parmi les professions bénéficiant de ces mesures, contrairement à certaines activités de transport ou de pêche. Une exclusion vivement critiquée par les représentants du secteur, qui considèrent que l’apprentissage de la conduite constitue également une activité essentielle à la mobilité des Français. Les professionnels soulignent qu’ils ont déjà absorbé une partie de l’augmentation des dépenses, mais ne disposent plus de marges suffisantes pour continuer dans cette direction. Patrick Mirouse réclame donc des aides ponctuelles afin d’éviter que l’intégralité des surcoûts soit répercutée sur les élèves. À plus long terme, il plaide pour une transformation progressive des flottes automobiles afin de réduire leur dépendance aux énergies fossiles.
La situation est d’autant plus préoccupante que le permis de conduire représente déjà un investissement important pour de nombreux candidats. Selon le baromètre Wimoov publié en septembre, 36 % des jeunes âgés de 18 à 24 ans ne possèdent pas le permis, principalement pour des raisons financières. Une nouvelle augmentation pourrait donc retarder davantage l’accès à l’autonomie, particulièrement dans les territoires ruraux où la voiture reste souvent indispensable pour travailler, suivre une formation ou accéder aux services publics. Les possibilités de financement ont également été restreintes ces derniers mois. Depuis février 2026, le recours au compte personnel de formation pour financer le permis des véhicules légers est plafonné à 900 euros et soumis, sauf exceptions, à une condition de cofinancement. L’aide directe de France Travail destinée au permis B a par ailleurs été supprimée au 1er avril. Cette accumulation de contraintes financières inquiète les professionnels, qui redoutent une diminution des inscriptions.
L’électrique comme solution pour limiter les dépenses
Face à cette situation, certains établissements cherchent à réduire leurs dépenses autrement qu’en augmentant leurs tarifs. L’écoconduite, qui consiste à adopter des comportements limitant la consommation de carburant, fait partie des premières solutions envisagées. Les simulateurs de conduite peuvent également permettre de diminuer le nombre de kilomètres parcourus pendant la formation, dans la limite réglementaire des heures pouvant être réalisées sur ces équipements. Mais c’est surtout l’électrification des véhicules qui apparaît comme une perspective à plus long terme. Certaines auto-écoles ont déjà commencé à remplacer une partie de leur flotte thermique par des modèles électriques, moins exposés aux fluctuations des prix à la pompe. Cette transition nécessite toutefois des investissements importants, ainsi qu’un accès suffisamment simple aux infrastructures de recharge.
L’exemple de l’auto-école ADav illustre les économies potentielles. Son gérant, Dave Abissoina, a choisi dès son installation d’équiper son établissement d’une borne de recharge et d’un véhicule électrique. Selon ses calculs, parcourir environ 320 kilomètres lui coûte entre cinq et neuf euros d’électricité, contre près de 80 euros pour un plein de carburant permettant de rouler approximativement 600 kilomètres avec une voiture thermique. La différence est significative, même si ces montants ne tiennent pas compte de l’ensemble des coûts d’acquisition et d’entretien. Pour de nombreuses structures, notamment celles installées en centre-ville, le manque de bornes privées ou les contraintes liées au stationnement compliquent cependant cette transformation. La demande de formations sur des véhicules à boîte manuelle demeure également importante, alors que les modèles électriques utilisent des transmissions automatiques.
Une hausse qui pourrait pénaliser les jeunes et les territoires ruraux
Au-delà des difficultés économiques des auto-écoles, cette augmentation annoncée pose la question de l’accessibilité du permis de conduire. Dans les grandes agglomérations, les transports publics peuvent parfois offrir une alternative à la voiture individuelle. Mais dans de nombreux territoires ruraux ou périurbains, disposer du permis reste une condition presque indispensable pour accéder à l’emploi. Les candidats les plus modestes risquent donc d’être les premiers pénalisés par la hausse des forfaits. Le problème a d’ailleurs été soulevé au Sénat le 1er octobre par la sénatrice Marie-Claude Lermytte, qui a interrogé le gouvernement sur les conséquences des carburants chers pour les écoles de conduite et leurs élèves. La parlementaire demande notamment des mesures permettant d’éviter une nouvelle dégradation de l’accès à la mobilité.
Pour les professionnels, la priorité est désormais de préserver l’équilibre économique des établissements sans décourager les futurs conducteurs. Une hausse de 150 à 200 euros ne constitue pour l’instant qu’une estimation avancée par les représentants du secteur, et non une augmentation uniforme décidée à l’échelle nationale. Chaque auto-école reste libre de fixer ses tarifs, en fonction de ses charges, de sa localisation et de son organisation. Les contrats déjà conclus encadrent par ailleurs les possibilités de modification des prix. Mais si les carburants se maintiennent durablement à des niveaux élevés, de nouveaux ajustements pourraient intervenir dans les prochains mois. Cette situation souligne la dépendance d’un secteur essentiel aux fluctuations énergétiques et les difficultés rencontrées par les petites entreprises lorsque leurs coûts augmentent brutalement. Pour les candidats au permis, le risque est désormais de devoir consacrer une part encore plus importante de leur budget à une formation souvent indispensable à leur insertion professionnelle.

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