Pendant plusieurs années, le mouvement body positive semblait avoir ébranlé l’idéal du corps féminin extrêmement mince. Les campagnes publicitaires commençaient à montrer davantage de silhouettes, les mannequins aux morphologies variées gagnaient en visibilité et les réseaux sociaux valorisaient, au moins en apparence, l’acceptation de soi. Pourtant, depuis quelque temps, la maigreur revient au premier plan, portée par la mode des années 2000, les transformations spectaculaires de certaines célébrités et la popularisation des médicaments destinés à provoquer une perte de poids.
Ozempic est devenu le symbole de ce basculement. Ce médicament à base de sémaglutide est pourtant autorisé pour traiter les adultes atteints d’un diabète de type 2 insuffisamment contrôlé, et non comme simple produit esthétique. Son action réduit notamment l’appétit et peut entraîner une diminution du poids. Wegovy, qui contient la même substance active à un dosage différent, est destiné à la prise en charge de l’obésité ou du surpoids associé à certains problèmes de santé. Sur les réseaux sociaux, ces distinctions médicales disparaissent souvent derrière une promesse beaucoup plus simple : maigrir rapidement.
La minceur transformée en marqueur de réussite
Cette fascination dépasse largement la question de la santé. La silhouette affinée est de nouveau présentée comme la preuve visible d’une discipline personnelle, d’un statut social et d’une parfaite maîtrise de soi. Le corps devient un projet à optimiser, comme une carrière ou une image numérique. Les personnes pouvant accéder aux traitements, à un suivi médical, à une alimentation coûteuse et à des pratiques sportives encadrées disposent d’un avantage supplémentaire, transformant la minceur en signe de richesse autant qu’en critère esthétique.
La pression touche particulièrement les femmes, auxquelles la société demande depuis longtemps de ne pas prendre trop de place, y compris physiquement. Elles doivent être présentes sans être imposantes, séduisantes sans paraître excessives, visibles tout en demeurant discrètes. La réduction du corps peut alors devenir la traduction concrète d’une injonction plus profonde : occuper moins d’espace, manger moins, peser moins et contrôler chaque manifestation de soi. Sous couvert de bien-être, le retour de la maigreur réactive ainsi une ancienne exigence de docilité corporelle.
Un traitement médical devenu phénomène culturel
Les analogues du GLP-1 représentent une avancée importante pour des patients atteints de diabète ou d’obésité, deux maladies qui ne doivent pas être réduites à un défaut de volonté. Mais leur transformation en accessoires de beauté banalise l’utilisation de traitements soumis à prescription et masque leurs effets indésirables potentiels. Nausées, vomissements, diarrhées et autres troubles digestifs figurent parmi les réactions les plus fréquentes associées à Ozempic. L’achat de versions non autorisées ou contrefaites sur Internet expose également les utilisateurs à des erreurs de dosage et à des produits dont la qualité n’est pas garantie. L’Agence européenne des médicaments rappelle qu’Ozempic est un traitement du diabète délivré sur ordonnance.
Le problème n’est donc pas l’existence de ces médicaments ni leur utilisation lorsqu’elle répond à une indication médicale. Il réside dans le récit culturel qui les entoure et qui présente toute perte de poids comme une victoire. Après avoir prétendu célébrer toutes les morphologies, l’industrie de la mode, du divertissement et des réseaux sociaux semble revenir à un idéal plus étroit. Ozempic n’a pas créé l’obsession de la maigreur, mais il lui a offert un nouvel instrument, plus rapide, plus discret et présenté comme scientifique. Le corps féminin reste ainsi soumis aux tendances, jusque dans ses dimensions les plus intimes.

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