La réunion qui s’est tenue à la Maison Blanche hier entre les plus grands géants de la Tech et le président Trump entrera bientôt dans l’histoire. Il y a fort à parier qu’à la vitesse où va le nouveau monde numérique dans lequel nous plongeons, la dernière bataille de l’Occident pour garder le leadership mondial se jouera dans l’intelligence artificielle. C’est parce que nous reculons dans de nombreux domaines économiquement, démographiquement et industriellement, qu’un sursaut américain était encore possible de par sa concentration exceptionnelle de capitaux, de puces, d’entrepreneurs seuls capables de peser largement sur la prochaine révolution technologique. Certains parlent de la réunion d’hier comme d’un « bretton woods numérique ». On pencherait surtout pour un nouveau IA-alta où le monde de la super intelligence artificielle vient d’être partagé.
Le IA-lta d’hier, la puissance de demain
Donald Trump a donc réuni hier la plus grande concentration de leaders de la tech de l’histoire : Elon Musk, Jensen Huang (Nvidia), Mark Zuckerberg (Meta), Sundar Pichai (Google), Satya Nadella (Microsoft), Jeff Bezos, Dario Amodei (Anthropic), Greg Brockman (OpenAI), Lisa Su (AMD), et d’autres encore. Ils étaient une trentaine de dirigeants et responsables annoncés au déjeuner et à entourer le milliardaire qui a très vite compris lui, contrairement à nos dirigeants européens, l’enjeu de la prochaine décennie de cette révolution numérique. Le Président américain a en effet capté, au-delà du soutien dont il a disposé de ces leaders de la tech lors de sa réélection, que l’IA serait bientôt un outil de puissance aussi important qu’une armée conventionnelle. On est déjà en train de passer de la puissance d’une armée de soldats à bientôt celle d’une armée d’agents .
Trump et plusieurs grandes entreprises ont donc conclu un accord volontaire de sécurité, qui reposa notamment sur des contrôles internes, des évaluations externes et une supervision au niveau des entreprises de la super IA. Il ne s’agit pas d’une réglementation fédérale contraignante comparable à une loi mais une forme d’autorégulation. Cela veut dire que les hommes qui sont engagés dans la course sont aussi chargés d’installer les barrières de sécurité sur le circuit. Le débat est d’ailleurs encore vif entre les accélérationnistes et les prudentiels tels qu’on les définit actuellement. Dario Amodei d’Anthropic (Claude) a publiquement défendu davantage de prudence, tandis que Huang (Nvidia) et Zuckerberg (Meta) ont davantage insisté sur l’innovation et la responsabilité des entreprises.
Tout ce barnum était à destination des Occidentaux pour en maîtriser le débat et le contrôle stratégique mondial, pour leur rappeler justement la toute puissance américaine, souvent décriée, mais également à l’attention de la Chine, un rival sans précédent pour le leadership américain. Pendant que les Européens s’interrogent s’il faut freiner et réguler l’IA, Trump poursuit dans sa lancée en ayant déjà compris que la seule question qui valait à l’heure actuelle est clairement : qui contrôlera l’intelligence supérieure de demain ? Cela sous-entend les infrastructures, la productivité, la robotique, la défense, la recherche scientifique, l’information et donc le pouvoir. Pendant que nous sommes simples spectateurs de ce combat acharné entre Washington et Pékin, le monde de demain est donc en train de se partager entre les deux premières puissances mondiales. Nous avons fait le choix du principe de précaution pendant que Trump soutient depuis des mois l’accélération sans conditions ni restrictions. A 80 ans, il a compris que la super IA sera encore plus historique que la révolution industrielle du XIXè siècle.
Depuis près de 20 ans, tous les indicateurs sont au rouge pour l’Occident face à la montée irrémédiable de la Chine et des « Sud globaux ». Le centre de gravité géopolitique s’est déplacé vers l’Asie, la modernité comme les tensions politiques. Mais les Etats-Unis, malgré des guerres coûteuses, douloureuses et pas toujours concluantes, gardent encore pour un temps l’avantage technologique sur le reste du monde. Ils y ont investi beaucoup d’argent, l’Etat américain comme les entreprises privées de la Silicon Valley. Cela leur permet aujourd’hui de concentrer une part spectaculaire de la chaîne de valeur et surtout des acteurs les plus puissants : Nvidia pour les accélérateurs, Google/DeepMind, OpenAI, Anthropic, Meta et xAI pour les modèles, Microsoft, Amazon et Google pour le cloud, les infrastructures et les investissements. La réunion d’hier est donc déjà historique car elle était la démonstration que malgré le déclin, l’Occident dominé par les Etats-Unis n’est pas encore entré dans un déclassement technologique. Hier, nous avons clairement assisté à la tentative américaine de transformer cette avance en un véritable nouveau cycle de puissance.
Trump, le dernier des Mohicans
Le mandat de Trump est déjà historique pour le coup en la matière. Car il ne compte pas sur les anciens outils de puissance de l’Occident pour décrocher la nouvelle puissance technologique, que sont l’ONU, l’OTAN ou tous les autres outils du multilatéralisme. Pour lui, tout ce vieux système est périmé et ne nous rendra pas l’Alsace ni la Lorraine. C’est par la technologie qui est entre ses mains que nous restaurerons, si tant est que ce soit encore possible, la domination occidentale sur le reste du monde. L’alliance n’est pas entre les Etats-Unis et les autres pays occidentaux (notamment l’Europe à la traîne), mais bien entre l’Etat américain, le capital américain, la technologie l’énergie et les entrepreneurs américains. Ce n’est pas du protectionnisme mais de la survie. C’est bien ce qu’il avait vendu lors de sa dernière campagne : « Make America great again » ! Malheureusement, l’Europe était la grande absente du portrait de famille d’hier. Certes, nous disposons de chercheurs, de start-ups, de Mistral AI et de solides capacités scientifiques et industrielles mais rien de comparable hélas à l’écosystème intégré que celui que Trump pouvait réunir à Washington. Nous sommes probablement en train de passer à côté de la plus grande révolution technologique de l’histoire.
Sébastien Boussois

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