Le ton ne retombe pas au procès de Rachida Dati. Ce jeudi, pour une nouvelle journée d’audience devant le tribunal correctionnel de Paris, l’ancienne ministre de la Justice et de la Culture a de nouveau été longuement interrogée sur les 900 000 euros qu’elle a perçus de RNBV, la société néerlandaise qui chapeautait l’alliance Renault-Nissan. Après plusieurs jours d’explications, l’actuelle maire du 7e arrondissement de Paris renvoie désormais régulièrement ses interlocuteurs à ses précédentes déclarations : « J’ai déjà répondu. »
Cette cinquième journée d’audience fait suite aux échanges particulièrement tendus de mercredi avec le Parquet national financier. Les questions portent toujours sur le même point : déterminer si les sommes versées à Rachida Dati correspondaient réellement à son activité d’avocate ou si elles rémunéraient, comme le soupçonne l’accusation, des interventions effectuées au Parlement européen au bénéfice de Renault-Nissan. Rachida Dati conteste catégoriquement cette dernière version.
« J’ai déjà répondu » : Rachida Dati ferme la porte aux nouvelles explications
Ce jeudi, les parties civiles ont à leur tour interrogé Rachida Dati. Face aux questions répétées sur la nature précise de ses prestations, l’ancienne garde des Sceaux a plusieurs fois considéré que les sujets avaient déjà été traités au cours des précédentes audiences. « J’ai déjà répondu », a-t-elle notamment répliqué, manifestant son refus de reprendre une nouvelle fois certaines de ses explications.
Les échanges se sont encore tendus avec les avocats de Renault. Interrogée sur ses relations avec Carlos Ghosn et sur ses déplacements ou ses contacts dans le cadre de son activité de conseil, Rachida Dati s’est agacée jusqu’à lancer : « On prend le thé entre Arabes et puis voilà… » Le procès se poursuit alors que l’ancienne ministre a déjà été interrogée pendant plusieurs heures depuis son ouverture, le 16 septembre.
La veille, elle avait déjà vivement contesté la manière dont le PNF l’interrogeait. Questionnée sur les informations qu’elle avait communiquées au comité d’éthique du Parlement européen concernant son activité d’avocate, elle s’était emportée : « Je suis très choquée que vous me traitiez de menteuse. » Elle avait également affirmé que « plus d’un aimerait me voir disparaître de la vie publique ».
900 000 euros versés par Renault-Nissan au cœur du procès
L’affaire remonte à la période où Rachida Dati était députée européenne. Une convention d’honoraires avait été conclue en octobre 2009 avec RNBV. Au total, 900 000 euros lui ont été versés entre 2010 et 2012. La justice cherche à déterminer la contrepartie exacte de cette rémunération alors qu’elle exerçait simultanément son mandat au Parlement européen.
Rachida Dati soutient depuis le début du procès avoir effectué un véritable travail d’avocate pour Renault-Nissan. Elle affirme avoir travaillé sur des problématiques juridiques et réglementaires liées au développement international du constructeur, notamment au Maghreb et au Moyen-Orient. Sa défense cite en particulier des dossiers concernant le Maroc, l’Algérie, la Turquie ou l’Iran.
L’accusation considère au contraire que les éléments permettant de matérialiser ces prestations sont insuffisants au regard des sommes versées. Les magistrats instructeurs ont notamment examiné plusieurs interventions de Rachida Dati au Parlement européen concernant le secteur automobile alors qu’elle était rémunérée par RNBV.
Des notes et des interventions au Parlement européen examinées à l’audience
Plusieurs documents ont été débattus devant le tribunal. L’un concerne notamment la standardisation de la recharge des véhicules électriques. Dans une note adressée à Carlos Ghosn, Rachida Dati évoquait la possibilité de poser une question écrite à la Commission européenne et d’approcher le commissaire européen chargé de l’industrie. Une autre partie du dossier concerne le niveau sonore des véhicules, un sujet sur lequel elle était également intervenue au Parlement européen.
Pour l’accusation, ces éléments peuvent accréditer l’existence d’une activité de lobbying liée aux intérêts de Renault-Nissan. Rachida Dati donne une tout autre interprétation. Elle affirme que ses documents relevaient de son travail de conseil et nie avoir utilisé son mandat européen au profit de son client. Elle assure également n’avoir « jamais été en situation de conflit d’intérêts » et soutient que ses votes et ses prises de position étaient conformes aux orientations politiques de son groupe au Parlement européen.
Rachida Dati conteste tout pacte de corruption
Renvoyée devant le tribunal correctionnel pour corruption et trafic d’influence, Rachida Dati rejette depuis le début de la procédure l’existence d’un quelconque pacte avec Carlos Ghosn. Elle affirme avoir été normalement rémunérée pour son activité professionnelle et réclame sa relaxe.
Carlos Ghosn est également poursuivi dans ce dossier, notamment pour corruption active et trafic d’influence actif. L’ancien patron de Renault-Nissan, qui vit au Liban depuis sa fuite du Japon en 2019, est absent du procès parisien. Sa demande de renvoi de l’audience a été rejetée lors de l’ouverture des débats.
Le procès doit se poursuivre jusqu’au 28 septembre. À ce stade, aucune culpabilité n’a été établie : Rachida Dati et Carlos Ghosn restent présumés innocents jusqu’au jugement.

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