C’était un 12 juin : La conférence économique et monétaire de Londres
C’était un 12 juin : La conférence économique et monétaire de Londres

Le 12 juin 1933, les représentants de 66 pays se réunissent à Londres dans l’espoir de sortir l’économie mondiale de l’impasse ouverte par le krach boursier de 1929. Chômage massif, effondrement du commerce international, instabilité monétaire : quatre ans après le début de la Grande Dépression, les gouvernements cherchent une réponse collective à une crise devenue mondiale. Derrière l’ambition affichée de restaurer la prospérité se cache pourtant une profonde divergence entre les grandes puissances sur la manière de reconstruire le système économique international.

Le retour impossible à l’ordre monétaire d’avant-crise

Depuis l’abandon de l’étalon-or par le Royaume-Uni en septembre 1931, puis par les États-Unis au printemps 1933, l’ordre monétaire hérité du XIXe siècle vacille. Les monnaies fluctuent, les barrières douanières se multiplient et chaque pays tente de protéger sa propre économie.

À Londres, la France défend une ligne orthodoxe. Le président du Conseil Édouard Daladier et son ministre Georges Bonnet plaident pour un retour rapide à des monnaies stables adossées à l’or et pour une politique de rigueur budgétaire destinée à restaurer la confiance. Paris parvient même à rallier plusieurs pays européens — notamment la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse, l’Italie, la Pologne, la Tchécoslovaquie et le Luxembourg — dans ce qui prend le nom de « bloc-or ».

Face à eux, les États-Unis suivent désormais une logique inverse. Arrivé au pouvoir quelques mois plus tôt, Franklin D. Roosevelt considère que la reprise économique passe d’abord par des politiques nationales de relance et par une plus grande liberté monétaire. Washington refuse de figer le dollar tant que l’économie américaine reste déprimée.

L’échec du dernier grand espoir international

Pendant plusieurs semaines, commissions et sous-commissions tentent de rapprocher les positions. Les discussions abordent la stabilisation des monnaies, la réduction des obstacles au commerce, les transferts financiers ou encore la coordination des politiques économiques. Mais aucune ligne commune ne se dégage.

Le tournant intervient début juillet lorsqu’un message du président Roosevelt, transmis à Londres par le secrétaire d’État Cordell Hull, rejette clairement tout accord immédiat sur la stabilisation des taux de change. Pour les Américains, fixer les monnaies sans reprise économique préalable reviendrait à reproduire les erreurs qui ont aggravé la crise.

Privée du soutien des États-Unis, la conférence perd toute portée réelle. Le 27 juillet 1933, elle s’achève sans accord majeur.

Le monde entre dans l’ère des dévaluations

L’échec de Londres marque la fin des illusions d’un redressement économique coordonné à l’échelle mondiale. Les États poursuivent désormais des stratégies nationales : dévaluations monétaires, protectionnisme et politiques de relance ou d’austérité selon les cas.

Les pays du bloc-or, incapables de dévaluer leur monnaie, cherchent à maintenir leur compétitivité par la baisse des coûts internes. En France, cette orientation débouchera quelques années plus tard sur la politique dite de « déflation Laval ». À l’inverse, le Royaume-Uni puis les États-Unis retrouvent progressivement de la croissance grâce à des monnaies plus souples.

Il faudra attendre 1944 et la conférence de Bretton Woods pour voir émerger un nouvel ordre monétaire international. La conférence de Londres de 1933 restera comme la dernière tentative — manquée — de sauver le monde économique d’avant la Grande Dépression.

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