Un mois après l’afflux massif de migrants à Ceuta, Pedro Sanchez a mis en cause la Russie, Israël et l’extrême droite internationale dans la diffusion de fausses informations ayant précédé la crise. Le Premier ministre espagnol écarte toute responsabilité du Maroc.
C’est sa première intervention détaillée depuis les événements de fin juillet. Pedro Sanchez a accordé lundi un entretien à la radio espagnole Cadena SER pour revenir sur la crise migratoire qui a frappé Ceuta les 30 et 31 juillet, et pointer des responsabilités inattendues.
Le chef du gouvernement espagnol a cité nommément la Russie, Israël et ce qu’il désigne comme « l’internationale d’extrême droite » dans la propagation de fausses informations ayant, selon lui, contribué à l’afflux massif de migrants. Des messages auraient circulé sur des réseaux sociaux liés à ces acteurs, instrumentalisant la question migratoire pour « attaquer l’Espagne » et attiser les divisions en Europe.
Sanchez a toutefois posé une limite à ses accusations : cette activité n’implique pas nécessairement une action directe des gouvernements concernés, et les auteurs des messages n’ont pas encore été précisément identifiés. « Le gouvernement d’Espagne doit agir sur la base de données, de faits avérés », a-t-il déclaré.
Au cœur de la désinformation identifiée figure une décision du Tribunal suprême espagnol sur les refoulements de migrants entrant à la nage, qui aurait été « dénaturée » avant de circuler sur les réseaux sociaux et d’être exploitée par des organisations criminelles. Cette interprétation erronée aurait pu encourager des départs vers Ceuta.
Sur la question des renseignements disponibles avant la crise, Sanchez a tenté de clore la polémique née des versions contradictoires de deux membres de son gouvernement. La ministre de la Défense, Margarita Robles, avait affirmé au Parlement que le Centre national de renseignement (CNI) avait transmis des informations sur une hausse des entrées à la nage et sur un appel diffusé sur les réseaux sociaux. Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, avait nié l’existence d’un rapport anticipant un afflux d’une telle ampleur. Sanchez a rejeté toute contradiction entre les deux positions, distinguant la détection d’une hausse des mouvements migratoires de la capacité à prévoir une vague d’une telle envergure. « Le CNI a partagé des rapports de situation, mais aucune information ne permettait de mesurer l’ampleur de la crise que nous allions subir », a-t-il expliqué.
Le Premier ministre a par ailleurs fermement écarté toute implication marocaine. « Aucun service de renseignement avec lesquels le gouvernement espagnol collabore habituellement ne suggère la moindre implication, d’une manière ou d’une autre, de la part des autorités marocaines », a-t-il affirmé. Rabat aurait proposé une coopération « instantanée, immédiate » dès le début de la crise, que Sanchez qualifie de « franchement positive ». « Nous devons être conscients que cette crise ne pourra être résolue que grâce à la coopération et non en nourrissant la défiance à l’égard du Maroc », a-t-il ajouté.
Un mois après les événements, environ 5 000 migrants se trouvent encore à Ceuta, dont quelque 1 200 mineurs. Sanchez affirme que neuf personnes sur dix arrivées pendant la crise sont déjà retournées au Maroc. Le gouvernement prévoit de porter à environ 6 000 le nombre de places d’hébergement disponibles dans la ville autonome. « Dans peu de temps, nous aurons une capacité suffisante pour accueillir les migrants restés à Ceuta », a-t-il assuré.
Le chef du gouvernement a également annoncé une visite du roi Felipe VI à Ceuta, sans en préciser la date. « Il y a suffisamment de raisons pour que le chef de l’État visite enfin Ceuta », a déclaré Sanchez, assurant que « cette visite aura lieu » lorsque les conditions seront réunies.
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