SOCIÉTÉ Environnement

GIEC : des salariés du pétrole parmi les auteurs, une transparence encore insuffisante

GIEC : des salariés du pétrole parmi les auteurs, une transparence encore insuffisante
GIEC : des salariés du pétrole parmi les auteurs, une transparence encore insuffisante

La présence de professionnels liés au pétrole et au gaz parmi les contributeurs du GIEC relance une question ancienne mais sensible : jusqu’où l’organisme peut-il ouvrir ses groupes de travail à l’industrie sans fragiliser la confiance dans ses rapports ? Des enquêtes de plusieurs médias européens ont identifié au moins une vingtaine de contributeurs au prochain cycle d’évaluation ayant des liens directs avec le secteur fossile. Parmi eux figurent notamment des personnes employées par Saudi Aramco ou par des organismes saoudiens proches du secteur énergétique. Le sujet concerne particulièrement le groupe de travail III, chargé des solutions permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ces liens ne prouvent pas que les conclusions scientifiques du GIEC aient été dictées par l’industrie pétrolière, et plusieurs anciens responsables de l’institution soulignent qu’une expertise issue du secteur peut être utile lorsqu’il s’agit d’évaluer des technologies ou des trajectoires de transition. Mais leur nombre et leur position posent une question légitime sur la composition des équipes appelées à éclairer les gouvernements sur la sortie des énergies fossiles.

Le mécanisme de sélection explique en partie cette situation. Les auteurs du GIEC ne sont pas recrutés uniquement dans les universités : les gouvernements et les organisations observatrices peuvent proposer des experts, puis les bureaux des groupes de travail établissent la liste finale. Le choix repose sur l’expertise scientifique, technique et socio-économique, mais également sur l’équilibre géographique, la représentation des femmes et des hommes, la diversité des points de vue et la présence de spécialistes issus de différents milieux professionnels. Les propres règles du GIEC indiquent explicitement que les équipes peuvent accueillir des experts provenant de l’industrie ou d’ONG. L’objectif est d’éviter des rapports élaborés exclusivement par des universitaires éloignés de certaines réalités techniques. Ce principe se défend, mais il comporte une faiblesse évidente : lorsqu’un secteur possède des intérêts économiques considérables dans les décisions climatiques, la diversité des profils ne suffit pas à elle seule à dissiper les soupçons sur l’indépendance du processus.

Des règles existent, mais les déclarations restent largement invisibles au public

Le GIEC dispose pourtant d’une politique formelle sur les conflits d’intérêts depuis 2011, adoptée après les recommandations de l’InterAcademy Council. Les principaux responsables, auteurs, éditeurs-réviseurs et membres des unités techniques doivent déclarer les situations susceptibles de conduire une personne raisonnable à mettre en doute leur objectivité. Les formulaires sont examinés par les structures compétentes du GIEC et, lorsqu’un conflit ne peut pas être résolu, une participation peut être remise en cause. L’institution distingue toutefois clairement un conflit d’intérêts d’une simple affiliation professionnelle : travailler pour une entreprise ou défendre une approche scientifique particulière n’est pas, en soi, considéré comme disqualifiant. Le problème réside surtout dans la transparence extérieure. Les déclarations individuelles ne sont pas systématiquement rendues publiques, ce qui empêche journalistes, chercheurs et citoyens de vérifier facilement la nature exacte des intérêts déclarés. Dans le cycle actuel, selon les informations recueillies par les médias ayant enquêté sur le sujet, aucun cas n’aurait été transmis au comité chargé des conflits d’intérêts, alors même que plusieurs profils disposent de liens clairement identifiables avec le secteur fossile. C’est probablement le point le plus fragile du dispositif : une procédure peut être rigoureuse sur le papier tout en restant difficile à évaluer lorsqu’une grande partie de son fonctionnement demeure interne.

Il faut néanmoins distinguer cette faiblesse de transparence d’une accusation beaucoup plus grave de manipulation des rapports. Le GIEC fonctionne avec des équipes nombreuses, des rédactions collectives et plusieurs cycles de relecture auxquels participent experts et gouvernements. Un auteur isolé ne peut donc pas, à lui seul, imposer une conclusion. Cette architecture constitue une protection importante et explique pourquoi plusieurs climatologues défendent la présence de profils industriels à condition que leurs liens soient connus. Mais précisément parce que les travaux du GIEC sont devenus une référence mondiale pour les politiques climatiques, l’institution peut difficilement se contenter du minimum réglementaire. Publier plus largement les déclarations d’intérêts, préciser les critères retenus lorsqu’un auteur travaille directement pour une entreprise fossile et renforcer la présence de spécialistes indépendants au sein des instances chargées d’examiner ces situations permettraient de réduire les zones grises. Le principal risque aujourd’hui n’est pas de démontrer que le GIEC aurait été « contrôlé » par l’industrie pétrolière, ce que les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer, mais de laisser s’installer un doute sur un processus scientifique dont la crédibilité repose précisément sur l’indépendance et la transparence.

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