Donald Trump envisage de restreindre les exportations américaines de diesel pour tenter de faire baisser les prix aux États-Unis. Une mesure encore loin d’être décidée, mais suffisamment sérieuse pour provoquer une réaction immédiate des marchés européens. L’Europe, déjà confrontée à une pénurie mondiale de gazole et privée d’une partie des approvisionnements russes et moyen-orientaux, dépend désormais fortement des raffineries américaines.
Mardi 22 septembre, le président américain a publiquement soutenu l’idée de conserver davantage de diesel sur le territoire américain. « J’ai dit : n’envoyons pas le diesel. Nous produisons beaucoup de diesel », a déclaré Donald Trump, ajoutant avoir déjà évoqué cette possibilité au sein de son administration. Les États-Unis étudient désormais différents scénarios, même si aucune interdiction n’a été décidée.
Donald Trump veut garder davantage de diesel aux États-Unis
La proposition répond d’abord à une urgence américaine. Le diesel a récemment franchi pour la première fois les 6 dollars le gallon aux États-Unis, avant d’atteindre environ 6,52 dollars, un niveau record qui frappe directement les agriculteurs, les transporteurs routiers et l’ensemble des activités fortement dépendantes du carburant. Les stocks américains sont parallèlement tombés sous 97 millions de barils, environ 13% en dessous de leur moyenne saisonnière des cinq dernières années.
Plusieurs élus républicains réclament donc que les États-Unis cessent temporairement d’expédier une partie de leur diesel à l’étranger. L’idée est simple : si les raffineries américaines vendent moins de carburant hors du pays, davantage de volumes resteraient disponibles pour le marché intérieur, avec l’espoir de faire reculer les prix à la pompe.
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a confirmé que l’administration examinait la faisabilité d’une telle mesure, en étudiant aussi bien une interdiction complète que des restrictions partielles.
Une interdiction de 90 jours évoquée, puis démentie par la Maison-Blanche
La situation reste toutefois beaucoup plus incertaine qu’une interdiction déjà programmée. Mercredi 23 septembre, l’hypothèse d’une suspension des exportations américaines de diesel pendant 90 jours a circulé à Washington. La Maison-Blanche a rapidement indiqué que l’existence d’un projet d’interdiction générale et temporaire de cette nature était inexacte.
Le secrétaire américain à l’Énergie Chris Wright a lui-même pris ses distances avec une interdiction pure et simple. « L’outil brutal d’une interdiction des exportations de diesel ne fonctionne clairement pas », a-t-il expliqué. L’administration privilégierait à ce stade des mesures volontaires négociées avec les raffineurs afin d’augmenter les quantités disponibles aux États-Unis. Aucune décision définitive n’a été annoncée.
Donald Trump a néanmoins changé la perception du marché en indiquant personnellement qu’il était favorable au principe d’une limitation des exportations. Et pour l’Europe, la simple possibilité de voir disparaître une partie des cargaisons américaines suffit à faire monter les prix.
Le marché européen a immédiatement réagi
Mercredi, au lendemain des déclarations du président américain, la marge du diesel européen par rapport au Brent a dépassé 95 dollars par baril, un record dans les données disponibles depuis 2011. Cet indicateur, appelé « crack spread », mesure schématiquement l’écart entre la valeur du produit raffiné et celle du pétrole brut utilisé pour le fabriquer.
La hausse montre que le problème européen ne vient plus uniquement du prix du pétrole brut. Le diesel lui-même manque sur le marché mondial. Les contrats européens ont déjà plus que doublé depuis le début de 2026 sous l’effet des perturbations provoquées par les guerres en Iran et en Ukraine.
Cette flambée frappe directement les automobilistes français. Le prix des carburants est déjà revenu à des niveaux extrêmement élevés en France, avec un gazole qui évolue désormais autour de 2,40€ le litre dans les relevés nationaux de cette fin septembre. Une nouvelle augmentation du prix de gros pourrait progressivement se répercuter dans les stations-service.
Pourquoi l’Europe dépend autant du diesel américain
La vulnérabilité européenne est liée à la transformation complète des circuits d’approvisionnement depuis 2022. L’Union européenne a supprimé ses importations maritimes de produits pétroliers russes, qui occupaient auparavant une place déterminante dans son approvisionnement en diesel. Les raffineries américaines ont progressivement récupéré une partie de ce marché.
Les exportations américaines de produits distillés, dont le diesel représente la composante principale, ont fortement progressé en 2026. Elles ont dépassé à plusieurs reprises 1,5 million de barils par jour et ont atteint près de 2 millions de barils par jour certaines semaines de l’été. Les États-Unis sont désormais l’un des fournisseurs extérieurs essentiels de l’Europe.
Le problème est aggravé par la situation au Moyen-Orient. Les exportations de diesel de la région ont fortement chuté depuis le printemps en raison des dégâts subis par plusieurs installations et des perturbations du trafic maritime autour du détroit d’Ormuz. Dans le même temps, la Russie a limité ses propres exportations après les attaques ayant touché ses raffineries. La moitié de ses six principales raffineries productrices de diesel avaient réduit ou interrompu une partie de leur activité en septembre.
L’Europe doit donc trouver davantage de carburant auprès des États-Unis, de l’Inde, de la Chine ou d’autres producteurs au moment même où les volumes disponibles se raréfient.
Si les États-Unis ferment le robinet, l’Europe devra chercher son diesel ailleurs
Une restriction américaine aurait un effet mécanique. Les cargaisons actuellement destinées à l’Europe devraient être remplacées par du carburant provenant d’autres régions. Les acheteurs européens seraient alors contraints de proposer des prix plus élevés pour attirer vers leurs ports des navires qui pourraient autrement se rendre en Amérique latine, en Afrique ou en Asie.
Ce phénomène pourrait augmenter le coût du diesel avant même qu’une pénurie physique apparaisse. Les marchés intègrent en effet immédiatement le risque de raréfaction future. C’est précisément ce qui s’est produit après les déclarations de Donald Trump : les marges européennes du diesel ont atteint un record tandis que les contrats américains reculaient.
Bruxelles suit désormais directement le dossier. La question des approvisionnements américains doit être examinée par le groupe européen de coordination pétrolière, alors que l’Union cherche à mesurer les conséquences potentielles d’une réduction des exportations des États-Unis.
Une interdiction qui pourrait aussi se retourner contre les États-Unis
Le paradoxe est qu’une interdiction pourrait finir par réduire la quantité totale de carburant produite aux États-Unis. Les grandes raffineries américaines, notamment celles du golfe du Mexique, produisent simultanément du diesel, de l’essence, du kérosène et d’autres dérivés du pétrole. Elles sont dimensionnées pour exporter une partie importante de leur production.
Si les raffineurs ne peuvent plus écouler leur surplus de diesel à l’étranger, leurs stocks pourraient rapidement augmenter. Ils auraient alors intérêt à réduire la quantité de pétrole brut traitée. Or une raffinerie ne peut pas simplement arrêter de fabriquer du diesel tout en maintenant à l’identique sa production d’essence et de carburant aérien.
Chris Wright avertit ainsi qu’une limitation trop brutale pourrait réduire l’activité des raffineries et diminuer également la production d’essence et de kérosène, faisant remonter les prix de ces carburants aux États-Unis. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles plusieurs responsables de l’administration américaine privilégient une coopération volontaire avec les industriels plutôt qu’un embargo général.
En France, une menace supplémentaire sur un gazole déjà très cher
Pour les automobilistes français, aucune hausse supplémentaire directement imputable à une interdiction américaine n’est encore certaine puisque cette interdiction n’existe pas à ce jour. Mais le risque est désormais intégré par les marchés.
La France subit depuis plusieurs mois les conséquences de la crise pétrolière mondiale. Le diesel est particulièrement exposé, car son prix dépend autant de la disponibilité des produits raffinés que du cours du Brent. Un pétrole relativement stable n’empêche donc pas le gazole de grimper fortement si les raffineries capables d’en fournir l’Europe deviennent moins nombreuses.
Les propos de Donald Trump ajoutent ainsi une nouvelle incertitude à un marché déjà extrêmement tendu. Une interdiction totale des exportations américaines n’est pas décidée, et la Maison-Blanche a même démenti préparer le moratoire de 90 jours évoqué ces derniers jours. Mais si Washington devait finalement limiter significativement les ventes de diesel à l’étranger, l’Europe ferait partie des régions les plus directement exposées à la réduction de l’offre. Et la première conséquence pourrait rapidement apparaître sur les prix du gazole à la pompe.

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