Ballon d’or 1991, ancien buteur de l’Olympique de Marseille et légende du football français, Jean-Pierre Papin a remporté de nombreux trophées. Pourtant, à 62 ans, c’est une victoire beaucoup plus intime qu’il place au-dessus de toutes les autres : les progrès de sa fille Emily, atteinte de graves lésions cérébrales. Dans un entretien accordé à L’Équipe, l’ancien international français s’est livré avec émotion sur le combat mené avec son épouse Florence, mais aussi sur une enfance marquée par les difficultés familiales.
« Ma plus grande victoire, c’est d’avoir ramené Emily dans notre monde »
Il a fait trembler les filets de toute l’Europe, remporté le Ballon d’or en 1991 et marqué l’histoire de l’Olympique de Marseille. Pourtant, lorsqu’il évoque ce dont il est le plus fier, Jean-Pierre Papin ne parle ni de ses buts, ni de ses titres, ni de ses exploits sportifs. Sa plus grande fierté porte un prénom : Emily.
Née en 1990, sa fille souffre de graves lésions cérébrales qui ont profondément bouleversé la vie de sa famille. Dans les colonnes de L’Équipe, l’ancien attaquant a résumé ce combat par une déclaration bouleversante : « Ma plus grande victoire, c’est d’avoir ramené Emily dans notre monde. »
Derrière cette phrase se cachent des décennies de patience, de sacrifices et d’engagement familial. Un combat que Jean-Pierre Papin et son épouse Florence ont commencé lorsque leur fille n’était encore qu’un bébé.
À 8 mois, les médecins leur conseillent de placer leur fille dans un établissement spécialisé
Emily n’avait que 8 mois lorsque ses parents ont été confrontés à un diagnostic particulièrement difficile. À l’hôpital de la Timone, à Marseille, un pédopsychiatre leur a conseillé de placer leur enfant dans un établissement spécialisé et de ne lui rendre visite que le week-end.
Jean-Pierre Papin et son épouse ont vécu cette annonce comme un véritable choc. Effondrés, ils ont pleuré ensemble à un arrêt de bus devant l’hôpital. Ils ont finalement refusé cette perspective, déterminés à accompagner leur fille au quotidien.
Environ 18 mois plus tard, une rencontre leur a fait découvrir une méthode américaine de stimulation intensive développée par Glenn Doman. Alors joueur du Bayern Munich, Jean-Pierre Papin a décidé de se rendre aux États-Unis pour découvrir cette approche et tenter d’aider Emily à progresser.
Des années de travail pour permettre à Emily de marcher et de communiquer
Le couple s’est rendu à Philadelphie afin de découvrir un programme d’exercices physiques, cognitifs et psychomoteurs. Cette méthode, dont l’efficacité scientifique reste contestée, demandait un investissement quotidien considérable. Des familles expatriées installées à Munich se sont mobilisées pour aider les Papin à accompagner leur fille.
Aujourd’hui âgée de 36 ans, Emily a accompli des progrès que ses parents n’osaient pas imaginer lors des premières consultations médicales. Elle marche, peut courir et participe même à certaines sorties sportives de son père.
Emily ne parle pas et conserve d’importantes difficultés visuelles. Pour communiquer avec elle, sa famille a mis au point un langage composé de 8 signes, lui permettant notamment d’exprimer la faim, la soif, la douleur ou l’envie de regarder la télévision. Jean-Pierre Papin souligne qu’elle comprend ce qu’on lui dit et qu’elle a toujours vécu auprès des siens.
Pour l’ancien footballeur, chacun de ces progrès représente une victoire infiniment plus précieuse que les trophées remportés pendant sa carrière.
Avec son épouse Florence, il a créé une association pour aider d’autres familles
Cette expérience personnelle a conduit Jean-Pierre Papin et son épouse à fonder, en 1996, l’association Neuf de cœur, en référence au numéro 9 qu’il portait sur les terrains. L’objectif est d’informer et d’accompagner les familles confrontées aux lésions cérébrales et au handicap de leurs enfants.
Depuis 30 ans, l’ancien international français consacre une partie de son temps à cette cause. Sa notoriété lui permet de sensibiliser le public aux difficultés rencontrées par les parents et à l’importance de l’accompagnement des enfants handicapés.
Le combat pour Emily est ainsi devenu un engagement familial et associatif qui dépasse largement le cadre de sa propre histoire.
Une enfance tourmentée, entre le divorce de ses parents et la disparition de sa grand-mère
Jean-Pierre Papin est également revenu sur les blessures de son enfance. Le divorce de ses parents a bouleversé ses repères familiaux, tandis que la disparition de sa grand-mère, à laquelle il était profondément attaché, l’a durablement marqué.
Le football est alors devenu son refuge. Le jeune garçon y a trouvé une stabilité et une motivation qui l’ont progressivement conduit vers le haut niveau. Après la mort de sa grand-mère, il s’est notamment promis de progresser pour devenir un véritable buteur.
Cette détermination l’a conduit jusqu’aux sommets du football européen, avec des passages à l’OM, à l’AC Milan et au Bayern Munich. Mais son parcours a aussi été marqué par des relations familiales compliquées, notamment avec son père, avec lequel il a connu des périodes de brouille.
Un documentaire consacré à Jean-Pierre Papin diffusé lundi sur la chaîne L’Équipe
Ces confidences accompagnent la diffusion du documentaire JPP, consacré à la carrière et à la vie personnelle du Ballon d’or 1991. Réalisé par Jérôme Weibel, il sera diffusé lundi 19 octobre à 21h10 sur la chaîne L’Équipe, avant d’être également proposé sur la plateforme documentaire L’Équipe explore.
Le film revient sur l’ascension exceptionnelle d’un joueur devenu l’une des figures les plus populaires du football français, mais aussi sur l’homme derrière les célèbres « papinades ».
À 62 ans, Jean-Pierre Papin possède un palmarès qui a fait rêver des générations de supporters. Pourtant, lorsqu’il regarde le chemin parcouru, ce sont les progrès d’Emily qui comptent le plus à ses yeux. Une histoire de père, d’amour et de persévérance, bien au-delà du football.

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