En Russie, la guerre en Ukraine ne tue pas seulement, elle enrichit. Ce n’est pas une image : dans les zones les plus déshéritées du pays, l’État compense les pertes humaines à coups de millions de roubles. Une économie macabre s’est mise en place. Et dans certains villages, l’argent coule à flots… à mesure que les jeunes tombent au front.
La prime à la mort, moteur de survie locale
Les chiffres officiels sont gelés depuis deux ans. Officiellement, moins de 6 000 soldats russes seraient morts en Ukraine. Mais les estimations occidentales parlent de 200 000 morts. Et pour chaque corps rapatrié, l’État paie. Jusqu’à 150 000 euros pour une famille endeuillée, si toutes les aides sont cumulées — État, région, assurance, présidence. Pour les vivants, le salaire moyen est de 2 000 euros par mois. Dix fois plus qu’un revenu classique dans certaines régions. Dans un pays où le revenu moyen plafonne à 820 euros, ces sommes sont démesurées. On s’engage pour nourrir sa famille, et parfois, on meurt pour qu’elle survive. Des primes de départ, entre 2 000 et 20 000 euros, attirent les jeunes hommes sans avenir. Enrôlement, mission, cercueil : à chaque étape, une compensation. Cette logique pousse les pauvres à s’engager massivement. Plus que les minorités ethniques souvent pointées du doigt, c’est la misère qui recrute.
Des villages revivent, mais à quel prix ?
Dans certaines régions oubliées de la Russie profonde, l’argent tombe comme jamais. Les commerces réapparaissent, les restaurants se remplissent, les cartes bancaires s’alourdissent. Un sociologue évoque même « un enrichissement brutal et visible ». Les cercueils génèrent de la consommation. On se paie une maison, un salon de coiffure, des implants, voire un sèche-cheveux à 500 euros. Mais cet essor économique est fragile, artificiel. Une forme de prospérité mortuaire, aussi soudaine qu’éphémère. Une vraie classe moyenne ne naît pas dans un contexte de guerre, préviennent les analystes. Elle a besoin de stabilité, de temps, d’espoir. À la fin du conflit, les primes disparaîtront, les villages retomberont.
D’ici là, certains comptent les cercueils… et les profits. Le prix du dernier domicile a déjà flambé : +74 % pour un cercueil depuis 2022.