L’Union européenne a décidé de sanctionner Xenia Fedorova, ancienne dirigeante de RT France devenue chroniqueuse dans plusieurs médias français. L’annonce a été faite ce jeudi 24 septembre par Jean-Noël Barrot. Le ministre français des Affaires étrangères présente cette décision comme le prolongement des mesures déjà prises cet été par Paris contre la ressortissante russe, visée à la fois par un arrêté d’expulsion et par un gel de ses avoirs. Le gouvernement français l’accuse de participer à des opérations de désinformation et d’ingérence au bénéfice de la Russie.
Le dossier remonte notamment au printemps dernier. En juin, plusieurs eurodéputés du groupe Renew Europe avaient demandé que Xenia Fedorova soit ajoutée aux listes européennes de sanctions, en l’accusant de participer à la diffusion de récits favorables au Kremlin sur la guerre en Ukraine et sur l’Union européenne. Le Parlement européen avait soutenu un amendement demandant son inscription sur une liste de personnes sanctionnées pour désinformation et manipulation de l’information. Pourtant, en juillet, son nom n’avait finalement pas été retenu dans le 21e paquet de sanctions adopté par l’Union européenne.
L’ancienne patronne de RT France déjà sanctionnée par Paris
La France avait alors choisi d’agir par ses propres moyens. Le 29 juillet, le ministère de l’Intérieur avait pris un arrêté d’expulsion à l’encontre de Xenia Fedorova. Les autorités françaises estimaient que son comportement portait atteinte aux « intérêts fondamentaux de l’État » et représentait une menace grave pour l’ordre public. Le gouvernement lui reprochait notamment de relayer des narratifs considérés comme issus des campagnes de désinformation russes. Deux jours plus tard, un arrêté conjoint des ministères de l’Intérieur et de l’Économie avait également ordonné le gel de ses avoirs pour une durée de six mois.
Xenia Fedorova avait dirigé RT France, branche française de la chaîne internationale financée par l’État russe. La diffusion de RT avait été interdite dans l’Union européenne après l’invasion de l’Ukraine en février 2022, avant la fermeture de RT France. Fedorova avait ensuite continué à intervenir dans plusieurs médias français, notamment sur CNews. Le gouvernement et plusieurs responsables politiques l’ont régulièrement accusée de défendre ou de reprendre les positions de Moscou. De son côté, elle a contesté les accusations dont elle fait l’objet et a présenté les mesures françaises comme une atteinte à sa liberté d’expression.
Son retour à l’antenne avait provoqué une nouvelle confrontation
L’affaire avait connu un nouvel épisode début septembre. Alors que Xenia Fedorova avait quitté la France, la possibilité de la voir intervenir à distance sur CNews avait suscité la réaction du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Dans un courrier adressé à l’Arcom, celui-ci avait estimé qu’un retour à l’antenne pourrait constituer un contournement des mesures françaises et exposer la chaîne à des poursuites pénales. Fedorova avait parallèlement accordé un entretien au média Omerta depuis l’étranger, sans révéler précisément le pays dans lequel elle se trouvait.
La décision européenne donne désormais une dimension supplémentaire au dossier. Elle inscrit le cas Fedorova dans la stratégie plus large menée par Bruxelles contre les personnes et structures considérées comme impliquées dans des opérations russes de déstabilisation, de désinformation ou d’influence au sein de l’Union. Pour Jean-Noël Barrot, l’objectif est clair : empêcher que les campagnes attribuées à Moscou puissent se développer librement sur le territoire européen. La portée exacte des nouvelles mesures dépendra toutefois du texte juridique publié par l’Union européenne, qui précisera les restrictions applicables à Xenia Fedorova ainsi que les motifs retenus par le Conseil.

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