Les salariés de SFR sont appelés à débrayer ce jeudi 24 septembre dans l’après-midi à l’initiative de l’UNSA, de la CFDT et de la CFTC. Les trois syndicats jugent insuffisantes les garanties apportées par Bouygues Telecom, Free et Orange, qui ont signé le 6 juin un protocole d’accord avec Altice France pour racheter SFR. L’opération valorise l’entreprise à 20,35 milliards d’euros, avec un complément de prix pouvant atteindre 650 millions d’euros. La finalisation est espérée au second semestre 2027, sous réserve notamment du feu vert de l’Autorité de la concurrence.
Le principal sujet de tension reste l’emploi. SFR compte près de 8 000 salariés, mais tous ne seraient pas directement repris par les trois opérateurs. Bouygues Telecom prévoit notamment de récupérer environ 2 400 salariés de SFR Business, Orange quelque 230 personnes et Free 53 salariés. Le reste des effectifs serait maintenu temporairement dans une structure chargée d’accompagner la migration des clients et des infrastructures. Les acheteurs ont promis de garantir un emploi à l’ensemble des salariés concernés jusqu’au début de 2029, mais les syndicats redoutent surtout ce qui se passera ensuite.
Des garanties jugées trop faibles par les syndicats
Lors des dernières négociations, le consortium aurait notamment proposé une offre de reclassement par salarié ainsi qu’une aide pouvant atteindre 4 000 euros pour financer une formation d’adaptation à un nouvel emploi. Des propositions que les organisations syndicales considèrent comme très insuffisantes. Elles réclament notamment plusieurs offres de reclassement pour chaque salarié, un véritable plan pour les seniors, des mesures spécifiques pour les travailleurs handicapés et une garantie d’emploi prolongée au-delà de 2029.
Les syndicats sont particulièrement préoccupés par la situation d’Altice Technical Services, une filiale employant environ 3 000 personnes et très dépendante de l’activité de SFR. Cette structure ne fait pas partie des actifs directement repris par Bouygues, Free et Orange. La CFTC évoque ainsi jusqu’à 12 500 emplois potentiellement concernés à l’échelle du groupe et de ses activités associées, même si ce chiffre correspond à une estimation syndicale et non à un plan de suppressions d’emplois officiellement annoncé.
Un opérateur déjà fragilisé commercialement
La mobilisation intervient alors que SFR traverse une période difficile. Au deuxième trimestre 2026, son chiffre d’affaires a reculé de 8,7 %, à un peu plus de 2 milliards d’euros, tandis que l’opérateur a perdu environ 250 000 clients. La vente doit permettre à Patrick Drahi de poursuivre le désendettement d’Altice, mais elle entraînerait aussi un profond bouleversement du marché français des télécoms avec la disparition progressive de SFR comme opérateur indépendant.
Les salariés s’inquiètent donc moins de l’existence immédiate de leur poste que de leur avenir à moyen terme. Le transfert progressif des 25 millions de clients de SFR nécessitera encore plusieurs années de travail et des milliers de salariés, mais une fois cette phase achevée, de nombreux métiers pourraient se retrouver en doublon chez les trois repreneurs. C’est précisément ce scénario que les syndicats cherchent à anticiper en réclamant des engagements plus solides avant la clôture de l’opération.
Une journée de grève pour peser sur les négociations
Des rassemblements doivent être organisés à partir de 14 heures sur plusieurs sites du groupe. Cette mobilisation intervient entre plusieurs réunions de négociation prévues les 21, 25 et 30 septembre. L’objectif des syndicats est donc clair : mettre la pression sur le consortium avant que les engagements sociaux ne soient définitivement arrêtés.
Le dossier SFR dépasse désormais le seul enjeu industriel. Il pose la question de la capacité à démanteler un opérateur national tout en préservant plusieurs milliers d’emplois et en évitant un choc social majeur. Bouygues Telecom, Free et Orange assurent vouloir accompagner la transition de manière responsable. Les syndicats estiment de leur côté que les garanties proposées jusqu’ici restent trop limitées au regard de l’ampleur de l’opération. La journée du 24 septembre doit précisément servir à transformer cette inquiétude en rapport de force.

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