Des centaines de manifestants se sont rassemblés samedi à Bangkok pour exiger la démission de la Première ministre Paetongtarn Shinawatra, au cœur d’une tourmente politique alimentée par un différend frontalier avec le Cambodge et des tensions internes croissantes. Il s’agit de la plus grande mobilisation antigouvernementale depuis l’arrivée au pouvoir de son parti, le Pheu Thai, en 2023.
Les protestataires, réunis près du Monument de la Victoire, ont brandi des drapeaux et scandé des slogans hostiles à la cheffe du gouvernement. Le rassemblement a été organisé par la Force unie de la terre, une coalition d’activistes à tendance nationaliste, connue pour ses campagnes contre les différents gouvernements soutenus par la famille Shinawatra au cours des deux dernières décennies. Si ces mouvements n’ont pas directement entraîné de chute de gouvernement, ils ont souvent été suivis d’interventions judiciaires ou de coups d’État militaires, comme en 2006 et 2014.
La contestation survient alors que Paetongtarn tente de maintenir à flot une coalition fragilisée par le retrait récent du parti Bhumjaithai. Ce dernier a justifié sa décision par la fuite d’un enregistrement téléphonique entre la Première ministre et l’ancien dirigeant cambodgien Hun Sen, dans lequel elle critiquait un haut commandant militaire thaïlandais, un sujet extrêmement sensible dans un pays où l’armée reste une institution dominante.
Dans un geste d’apaisement, Paetongtarn a affirmé qu’elle respecterait le droit de manifester et qu’elle n’ordonnerait aucune répression. Elle a également présenté des excuses publiques pour ses propos. Toutefois, les appels à sa démission s’intensifient à l’approche d’un potentiel vote de défiance au Parlement prévu la semaine prochaine.
Parallèlement, la Première ministre est visée par une requête déposée par des sénateurs auprès de la Cour constitutionnelle et de l’organisme national anticorruption, à propos de son rôle dans la fuite de l’appel téléphonique. Si l’une de ces instances juge sa conduite répréhensible, elle pourrait être destituée.
La crise a pris une dimension internationale vendredi lorsque Hun Sen, désormais retraité, a publiquement attaqué Paetongtarn et sa famille dans un discours fleuve, appelant ouvertement à un changement de gouvernement en Thaïlande. En réaction, Bangkok a dénoncé des propos « extraordinaires », tout en réaffirmant sa volonté de résoudre les différends bilatéraux par la voie diplomatique.
