Il aurait pu mourir à quelques mètres de sa caméra. Charles Comiti, grand reporter habitué depuis plusieurs années au front ukrainien, a vécu une nouvelle situation extrêmement dangereuse en couvrant la guerre aux côtés du journaliste Badreddine Naceur. Pris pour cible par un drone kamikaze russe, le reporter a dû fuir alors que l’appareil les poursuivait.
Sur les images publiées sur Instagram, Charles Comiti apparaît casqué, en pleine zone de combat. Le journaliste raconte avoir été directement confronté à l’une des menaces les plus redoutées aujourd’hui sur le front ukrainien : les drones explosifs capables de poursuivre une cible au sol.
Dans le texte accompagnant la vidéo, il résume ce qu’il vient de vivre : « On a frôlé le pire… Pris pour cible et chassés par un drone kamikaze russe en plein sur la ligne de front en Ukraine. La peur de notre vie. »
Le drone abattu à quelques instants de l’impact
Selon Charles Comiti, la menace s’est rapprochée jusqu’à faire craindre une issue dramatique. « Regardez bien jusqu’au bout : au moment où on croyait que c’était fini pour nous, la défense ukrainienne l’abat EN DIRECT juste devant ma caméra ! », explique-t-il.
L’épisode rappelle à quel point le travail des reporters de guerre a changé depuis la généralisation des drones sur le champ de bataille ukrainien. Charles Comiti l’expliquait déjà à propos de son documentaire Ukraine : une jeunesse sacrifiée ? : le front était devenu beaucoup plus dangereux en raison du nombre considérable de drones présents au-dessus des positions. Il avait notamment attendu trois semaines à Kharkiv avant de pouvoir rejoindre un combattant sur le front.
Le journaliste connaît particulièrement bien l’Ukraine. Il y travaille depuis le début de l’invasion russe à grande échelle et a consacré plusieurs documentaires au conflit. Pour Ukraine, de glace et de feu, il avait notamment passé dix jours et dix nuits dans les tranchées avec des soldats ukrainiens, à quelques centaines de mètres des positions adverses.
Tony Comiti, des guerres d’Amérique du Sud à Beyrouth
Cette proximité avec les zones de guerre renvoie aussi à l’histoire familiale de Charles Comiti. Son père, Tony Comiti, a lui-même passé une partie considérable de sa carrière sur certains des terrains les plus dangereux de la planète.
Entré dans le journalisme à 18 ans, Tony Comiti a couvert dans les années 1970 les bouleversements politiques et les conflits en Amérique du Sud, notamment au Chili, au Nicaragua, en Colombie et au Salvador. Devenu reporter-cameraman puis grand reporter à TF1 à partir de 1976, il a également travaillé au Tchad et sur plusieurs autres théâtres de guerre. En 1982 et 1983, il était correspondant de guerre à Beyrouth, en pleine guerre civile libanaise.
Des décennies plus tard, son fils travaille donc à son tour caméra à la main au milieu des combats. En Ukraine, les conditions sont désormais marquées par une menace que son père n’avait pas connue sous cette forme : celle des drones omniprésents, capables de repérer et de poursuivre combattants, véhicules mais aussi personnes présentes à proximité du front.
Charles Comiti poursuit le reportage au plus près du front
Charles Comiti avait déjà expliqué pourquoi il acceptait ces conditions particulièrement difficiles. À 30 ans lors de la réalisation d’Ukraine : une jeunesse sacrifiée ?, il disait vouloir raconter sur la durée le destin des jeunes Ukrainiens qu’il suivait depuis le début de la guerre. « J’avais envie de raconter leur histoire sur le long terme, de la mettre en image et surtout d’immortaliser le courage de la jeunesse ukrainienne. »
Pour certaines immersions, les conditions sont telles que même les fixeurs locaux refusent d’accompagner le journaliste. Tony Comiti racontait en 2025 que son fils avait dû travailler seul auprès de soldats ukrainiens, sans traducteur, certains accompagnateurs jugeant trop dangereux de rester plusieurs semaines à proximité immédiate du front.
Cette fois, la menace est venue directement du ciel. Charles Comiti et Badreddine Naceur en sont sortis indemnes après la destruction du drone qui les poursuivait. Une nouvelle expérience aux limites du reportage de guerre pour Charles Comiti, plusieurs décennies après les terrains de guerre parcourus par son père Tony.
De Tony à Charles Comiti, les générations changent, les guerres et les moyens de les couvrir aussi. La caméra, elle, continue de partir au plus près des combats.
