POLITIQUE Justice et scandales 

Affaire Bardella : ce que prouvent réellement les éléments de Mediapart, et le chaînon technique qui manque encore

Affaire Bardella : ce que prouvent réellement les éléments de Mediapart, et le chaînon technique qui manque encore
Affaire Bardella : ce que prouvent réellement les éléments de Mediapart, et le chaînon technique qui manque encore

Les nouveaux éléments publiés dans l’affaire des messages antisémites attribués à Jordan Bardella relancent le débat sur leur authenticité. Alors que le président du Rassemblement national dénonce depuis le début des « faux grossiers », Mediapart affirme avoir fait authentifier par un commissaire de justice des données provenant directement d’une archive Meta.

Mais que démontre exactement cette authentification ? Et surtout, que ne démontre-t-elle pas ? Plusieurs spécialistes soulignent une distinction essentielle : l’existence des conversations peut être étayée techniquement sans que cela suffise, à ce stade, à identifier avec une certitude absolue la personne qui se trouvait derrière le compte.

Des messages retrouvés dans une archive récupérée auprès de Meta

Le premier élément important concerne l’origine des données. Mediapart explique avoir demandé à l’une de ses sources de récupérer l’ensemble des données associées à son compte auprès de Meta. Dans cette archive apparaîtrait une ancienne conversation datant de 2013 avec un compte portant le nom de Jordan Bardella. Un commissaire de justice a été chargé de constater le contenu de ces données.

Cela change la nature des éléments présentés : il ne s’agit plus seulement de captures d’écran dont l’origine pourrait être contestée, mais d’une conversation retrouvée dans une archive numérique récupérée auprès de Meta.

L’existence de propos antisémites attribués à Jordan Bardella est au cœur de l’affaire depuis plusieurs jours. Parmi eux figure notamment cette phrase : « Les banques sont toutes détenues par des Juifs. » 

Ce que le constat permet d’établir

Le constat présenté permet notamment d’étayer qu’une conversation datant de 2013 figurait dans les données récupérées et qu’elle avait eu lieu avec un compte utilisant le nom de Jordan Bardella.

D’autres éléments contenus dans les échanges sont également présentés comme des indices d’identification. Le compte évoquerait des informations concernant la vie privée de Jordan Bardella qui correspondraient à des éléments racontés des années plus tard dans son autobiographie.

Autrement dit, l’hypothèse d’une simple fabrication des captures d’écran se heurte désormais à un élément supplémentaire : les messages apparaissent dans une archive numérique récupérée depuis le compte de l’un des interlocuteurs.

Mais l’identité de la personne derrière le compte n’est pas techniquement établie

C’est ici que se situe la principale limite. L’authentification de l’archive ne signifie pas automatiquement que le commissaire de justice a certifié que Jordan Bardella lui-même tapait sur le clavier ou le téléphone ayant envoyé les messages.

Le compte concerné n’existe plus. En l’état des éléments rendus publics, aucune adresse IP, aucun appareil identifié ou autre donnée de connexion n’a été présenté comme reliant directement les messages à Jordan Bardella.

C’est donc le chaînon technique encore manquant : démontrer non seulement que les messages existaient et provenaient d’un compte portant son nom, mais que ce compte était effectivement utilisé par lui au moment des échanges.

Cette distinction est d’autant plus importante que Jordan Bardella conteste catégoriquement être l’auteur des messages⁠ et a annoncé une riposte judiciaire.

L’hypothèse d’une usurpation suppose toutefois un scénario très particulier

Une autre question apparaît alors : si Jordan Bardella n’était pas derrière ce compte, qui l’était ? Pour expliquer les éléments présentés, il faudrait notamment qu’une autre personne ait utilisé son identité dès 2013 et ait disposé d’informations suffisamment précises sur sa vie privée pour les communiquer à ses interlocuteurs.

À l’époque, Jordan Bardella avait 17 ans et n’était évidemment pas encore la personnalité politique nationale qu’il est aujourd’hui. Ce constat constitue un élément circonstanciel dans le débat sur l’attribution des messages, mais pas une preuve technique de leur auteur.

Son ex-compagne Kelly Betesh a de son côté publiquement défendu Jordan Bardella⁠, assurant : « Je ne l’ai jamais entendu tenir le moindre propos antisémite. »

La procédure judiciaire pourrait-elle apporter la pièce manquante ?

C’est désormais l’une des principales questions. Dans le cadre d’une procédure, des investigations supplémentaires pourraient éventuellement permettre de rechercher des données techniques relatives à cet ancien compte. Une adresse IP de connexion, si Meta en disposait encore et si elle pouvait légalement être obtenue, pourrait par exemple être confrontée à l’abonnement Internet correspondant à l’époque.

13 ans après les faits, rien ne garantit cependant que Meta conserve encore ce type de données. Il est donc impossible d’affirmer aujourd’hui que la procédure permettra nécessairement de retrouver une adresse IP ou d’identifier l’appareil utilisé.

L’affaire se situe précisément à ce point : les éléments présentés renforcent l’authenticité matérielle des conversations retrouvées dans les données d’un interlocuteur, tandis que l’attribution personnelle des messages à Jordan Bardella reste contestée par celui-ci et n’est pas, à ce stade, démontrée par une donnée technique rendue publique.

La bataille judiciaire engagée pourrait donc dépasser la question des captures d’écran pour porter sur ce qui constitue désormais le véritable nœud du dossier : déterminer qui utilisait effectivement ce compte en 2013.

Partager cet article

Votre actualité, selon vos intérêts

Choisissez les rubriques et la langue de votre newsletter. Vous pourrez modifier vos préférences à tout moment.

Application Entrevue

L’info partout avec vous

Retrouvez l’actualité, les alertes et vos rubriques préférées dans une expérience pensée pour le mobile.

Écran Alertes de l’application Entrevue : les dernières alertes info
Écran de personnalisation des rubriques de l’application Entrevue
Écran Actu de l’application Entrevue : le récit à la une