Edgar Grospiron a quitté la présidence du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver des Alpes françaises 2030. Son départ a été acté ce jeudi lors d’une réunion du bureau exécutif du Cojop, seulement 18 mois après sa nomination à la tête du projet. Le champion olympique de ski de bosses d’Albertville 1992 était fragilisé depuis plusieurs mois par une profonde crise de gouvernance.
Cette démission ouvre une nouvelle période délicate pour l’organisation des Jeux, à moins de quatre ans de l’événement. Le projet avait pourtant franchi une étape décisive en avril 2025 avec la signature du contrat officialisant les Alpes françaises comme hôtes des JO d’hiver 2030, après plusieurs mois d’incertitude autour des garanties apportées par la France.
Une « transition choisie » officiellement mise en avant
Le bureau exécutif a pris acte de la décision d’Edgar Grospiron de quitter ses fonctions. Le comité d’organisation présente son départ comme une décision concertée destinée à permettre au projet de poursuivre sa préparation.
Le Cojop assure que « sa décision de quitter la présidence relève d’une transition choisie, organisée et assumée, dans l’intérêt du projet et de sa gouvernance ». Il précise qu’elle « traduit une volonté partagée avec les parties prenantes de permettre à l’organisation d’entrer rapidement dans cette nouvelle phase opérationnelle ».
Depuis plusieurs mois. De fortes tensions entouraient la gouvernance du comité. Les relations entre Edgar Grospiron et plusieurs acteurs institutionnels du projet s’étaient progressivement dégradées jusqu’à rendre son maintien à la présidence de plus en plus difficile.
Le départ de Cyril Linette avait déjà révélé les tensions
La crise avait éclaté au grand jour avec le départ de Cyril Linette, recruté en 2025 comme directeur général et présenté comme le numéro deux de l’organisation. À l’époque, Cyril Linette avait été officiellement nommé directeur général des Alpes 2030 pour travailler aux côtés d’Edgar Grospiron.
Mais cette collaboration s’est rapidement détériorée. Cyril Linette a finalement quitté ses fonctions au début de l’année 2026 sur fond de profonds désaccords avec le président. D’autres cadres du comité ont également quitté l’organisation, parmi lesquels Anne Murac, directrice des opérations, et Arthur Richer, directeur de la communication.
Vincent Roberti a ensuite été nommé directeur général en mai 2026 afin de reprendre la conduite opérationnelle du Cojop.
Les désaccords de l’été ont accéléré la chute de Grospiron
Les tensions se sont encore accentuées au cours de l’été. Lors du bureau exécutif du 23 juillet, Edgar Grospiron a tenté de faire valider plusieurs nominations à des fonctions stratégiques alors que son mode de gouvernance faisait déjà l’objet de fortes contestations.
Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Fabrice Pannekoucke, avait notamment quitté la réunion. Edgar Grospiron souhaitait alors faire nommer Xavier Becker aux opérations et Blandine Vinagre-Rocca au sein de la cellule exécutive.
La présidente du CNOSF, Amélie Oudéa-Castéra, avait elle aussi reconnu publiquement l’existence de difficultés importantes dans la gouvernance du projet. La situation d’Edgar Grospiron était dès lors devenue extrêmement fragile.
Une présidence provisoire doit être mise en place
Le départ d’Edgar Grospiron ne règle pas immédiatement la question de sa succession. Une assemblée générale extraordinaire doit permettre de mettre en place une présidence par intérim, avant la désignation d’un nouveau président du comité d’organisation.
En attendant, Vincent Roberti conserve la responsabilité de la conduite opérationnelle du Cojop. Cette période de transition intervient alors que les équipes doivent poursuivre la préparation des sites, des infrastructures, du programme sportif et du financement des Jeux.
Un budget de plus de 2 milliards d’euros à piloter
Le comité d’organisation doit gérer un budget dépassant les 2 milliards d’euros pour préparer les Jeux olympiques et paralympiques de 2030. La maîtrise des dépenses constitue déjà l’un des dossiers sensibles du projet.
La Cour des comptes avait d’ailleurs appelé à une surveillance renforcée de l’organisation et de son modèle économique. Après avoir dressé le bilan financier de Paris 2024, Pierre Moscovici avait averti sur la nécessité de contrôler étroitement les dépenses liées aux Jeux d’hiver 2030.
Seulement 18 mois à la tête d’Alpes 2030
Edgar Grospiron avait été nommé président du comité d’organisation le 18 février 2025, après le renoncement de Martin Fourcade. Sa présidence n’aura donc duré qu’environ 18 mois.
Champion olympique en 1992, ancien directeur général de la candidature d’Annecy aux Jeux de 2018 et figure connue du sport français, Edgar Grospiron avait été choisi pour incarner le projet des Alpes françaises. Son départ marque désormais un nouveau changement de direction pour des Jeux dont l’organisation a déjà connu plusieurs épisodes de crise interne.
