La confrontation entre l’Iran et les États-Unis s’est intensifiée dans la nuit de mardi à mercredi. Les Gardiens de la Révolution affirment avoir attaqué dix navires dans la région du détroit d’Ormuz, dont deux bâtiments américains et huit pétroliers. Téhéran a parallèlement lancé une vingtaine de missiles en direction d’une base utilisée par les forces américaines en Jordanie. Cette nouvelle riposte intervient après la destruction, mardi, de cinq pétroliers iraniens par l’armée américaine.
Cette escalade arrive trois jours après la destruction de trois premiers pétroliers iraniens par Washington et l’annonce de représailles par Téhéran. Après plusieurs semaines d’accalmie relative, les affrontements touchent de nouveau simultanément les forces navales, les installations militaires et les infrastructures pétrolières.
Deux navires américains et huit pétroliers attaqués selon les Gardiens de la Révolution
Les Gardiens de la Révolution ont annoncé mercredi avoir pris pour cible dix navires, parmi lesquels deux bâtiments américains et huit pétroliers, qui tentaient selon eux de traverser une zone du détroit d’Ormuz déclarée interdite par l’Iran. Il s’agit bien de dix navires au total, les deux bâtiments américains et les huit pétroliers constituant l’ensemble des cibles revendiquées par Téhéran.
L’Iran affirme que ces bâtiments tentaient de pénétrer dans une zone qualifiée de « prohibée et dangereuse ». Les autorités iraniennes n’ont pas immédiatement fourni de bilan précis des dégâts occasionnés à chacun des navires. Les États-Unis n’avaient pas non plus confirmé mercredi matin que deux de leurs bâtiments avaient effectivement été touchés.
L’importance de cette revendication tient à la nature des cibles : les forces iraniennes disent avoir directement attaqué des bâtiments américains, alors que Washington et Téhéran multiplient depuis plusieurs jours les frappes et tentatives de frappes en mer. Samedi déjà, les États-Unis avaient détruit trois pétroliers liés à l’Iran après des tirs de missiles contre deux navires de l’US Navy.
20 missiles tirés vers une base américaine en Jordanie
L’Iran a également revendiqué une attaque contre une base utilisée par les forces américaines près d’Al-Azraq, en Jordanie. Les Gardiens de la Révolution affirment que leurs missiles balistiques ont infligé d’importants dégâts aux installations militaires et notamment aux infrastructures accueillant des avions de combat américains.
La Jordanie livre cependant un bilan très différent. Selon Amman, 20 missiles iraniens ont été tirés vers le territoire jordanien, dont dix-huit ont été interceptés par la défense aérienne. Les deux autres sont tombés dans des zones inhabitées. Aucun mort ni blessé n’a été signalé. Un responsable américain a également indiqué que l’ensemble des militaires américains présents sur la base avaient été retrouvés sains et saufs et que l’attaque n’avait pas atteint ses objectifs.
Cette frappe intervient après plusieurs attaques iraniennes contre des installations utilisées par Washington dans la région. La semaine dernière, Téhéran avait notamment revendiqué des frappes contre des bases américaines au Koweït et aux Émirats arabes unis.
Les États-Unis ont détruit 5 nouveaux pétroliers iraniens mardi
La riposte iranienne fait directement suite à une opération américaine menée mardi contre 5 pétroliers iraniens. Le Commandement central américain affirme avoir détruit ces bâtiments après que les Gardiens de la Révolution ont tenté à deux reprises, au cours des deux jours précédents, de frapper un navire de l’US Navy avec des missiles balistiques. Aucun militaire américain n’avait été blessé lors de ces tentatives.
Washington affirme que les pétroliers détruits appartenaient à un réseau permettant de financer les Gardiens de la Révolution et leurs alliés régionaux. Ces cinq bâtiments s’ajoutent aux trois pétroliers iraniens frappés samedi, notamment près de l’île de Kharg, principal terminal d’exportation pétrolière du pays. Des explosions avaient d’ailleurs été signalées autour de ce hub pétrolier stratégique quelques heures avant la confirmation des premières frappes américaines.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a prévenu que Washington continuerait à répondre aux tentatives iraniennes contre ses bâtiments : « Chaque fois qu’ils le feront ou essaieront de le faire, ils perdront des pétroliers. »
Le détroit d’Ormuz au cœur de la confrontation
La nouvelle attaque revendiquée contre les deux navires américains intervient dans une zone particulièrement sensible. Le détroit d’Ormuz constitue l’un des passages maritimes les plus importants au monde pour les exportations de pétrole et de gaz. Les attaques iraniennes ont considérablement réduit la circulation commerciale dans le secteur ces derniers jours. Mardi, seulement six navires transportant des matières premières ont traversé le détroit, contre une moyenne de douze par jour sur les dix journées précédentes.
La sécurisation de ce passage est devenue un enjeu international. La Corée du Sud étudie notamment plusieurs options pour contribuer à la sécurisation du détroit d’Ormuz, dont dépend une part importante de ses approvisionnements énergétiques.
Washington cherche de son côté à maintenir un passage pour les navires transportant du pétrole vers les marchés internationaux tout en empêchant l’Iran d’exporter sa propre production. Téhéran tente au contraire d’imposer des restrictions croissantes aux bâtiments traversant la zone. Cette confrontation navale est désormais l’un des principaux fronts de la guerre qui oppose les deux pays depuis six mois.
Le pétrole se rapproche dangereusement des 100 dollars
Cette nouvelle nuit de frappes a immédiatement pesé sur les marchés. Le Brent a poursuivi mercredi sa quatrième séance consécutive de hausse et s’est rapproché du seuil des 100 dollars le baril, atteignant environ 99,5 dollars dans les premiers échanges asiatiques. Le pétrole américain WTI évoluait pour sa part au-dessus de 94 dollars.
La tension est renforcée par l’ouverture d’un autre front en Arabie saoudite. Les Houthis du Yémen, alliés de l’Iran, ont frappé mardi plusieurs villes ainsi que des installations pétrolières saoudiennes. 73 personnes ont été blessées et des incendies ont été signalés sur plusieurs sites. Des drones et des missiles ont notamment visé une base aérienne à Khamis Mushait ainsi que des installations liées à Saudi Aramco à Abha, Najran et Jazan.
En quelques jours, les affrontements ont ainsi directement touché des pétroliers iraniens, des navires américains, une base utilisée par Washington en Jordanie et des installations énergétiques saoudiennes. La revendication iranienne concernant l’attaque de deux bâtiments américains constitue désormais l’un des développements les plus sensibles de cette nouvelle escalade, tandis que les dégâts exacts subis par les navires visés restent à établir.
