L’Union européenne a prolongé mardi pour trois ans son régime de sanctions contre quelque 3 000 ressortissants et entités russes, mais a simultanément levé les mesures visant deux des oligarques les plus proches du Kremlin, Alisher Ousmanov et Mikhaïl Fridman. Une décision aussitôt dénoncée par Kiev comme « honteuse ».
Le compromis a été arraché de justesse, à la veille d’une échéance qui aurait pu faire capoter l’ensemble du dispositif. Les Vingt-Sept ont convenu mardi de reconduire jusqu’au 22 septembre 2029 les sanctions adoptées après l’invasion russe de l’Ukraine, évitant ainsi les négociations à répétition que supposaient les renouvellements semestriels précédents. La présidence irlandaise de l’Union, qui a annoncé l’accord, a confirmé que « certains individus » avaient été retirés de la liste dans le cadre de ce compromis.
Ces individus sont loin d’être anodins. Alisher Ousmanov, né en Ouzbékistan, et Mikhaïl Fridman figurent parmi les hommes d’affaires russes les plus fortunés, avec des patrimoines estimés respectivement à 14 et 16 milliards de dollars. Tous deux sont réputés proches de Vladimir Poutine. Ousmanov a bâti sa fortune dans la métallurgie et les télécommunications, et contrôle notamment MegaFon, l’un des principaux opérateurs mobiles russes. Fridman est quant à lui le fondateur et l’un des actionnaires d’Alfa Group, dont dépend Alfa Bank, la plus grande banque commerciale privée de Russie. Il avait également cofondé le fonds d’investissement LetterOne au Luxembourg, dont il avait quitté le conseil d’administration en 2022 après avoir été visé par les sanctions européennes.
La France et le Luxembourg portent la responsabilité directe de ces deux délistages. Paris a réclamé la levée des sanctions visant Ousmanov en invoquant des raisons de « sécurité nationale », sans fournir davantage de précisions. Des sources diplomatiques évoquent un lien avec une possible libération de ressortissants français détenus en Azerbaïdjan, pays dont le régime entretient des relations étroites avec l’oligarque ouzbéko-russe. Le Luxembourg, de son côté, a poussé à la radiation de Fridman alors que celui-ci poursuit le Grand-Duché devant les tribunaux pour 15 milliards d’euros de dommages et intérêts, réclamés au titre de ses avoirs gelés par les sanctions de l’Union.
La réaction de Kiev n’a pas tardé. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiha, a qualifié la décision de « honteuse et injustifiable », estimant que « Moscou célèbre, car il a obtenu ce qu’il voulait : un sentiment d’impunité, l’humiliation de l’Union européenne et la division entre Européens ». Le président Volodymyr Zelensky a pour sa part jugé que « les guerres se terminent par la résolution et la force, non par des concessions à l’entourage de l’agresseur ». Il a néanmoins exprimé sa gratitude à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour sa « disponibilité à travailler à l’ajout de nouveaux noms russes » sur la liste des personnes sanctionnées. L’Ukraine a par ailleurs appelé les États membres à prendre des sanctions « nationales » contre les deux oligarques concernés.

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