Entre 3 000 et 5 000 migrants se trouvent encore dans l’enclave espagnole de Ceuta, une semaine après l’arrivée massive d’environ 78 000 personnes depuis le Maroc. Le dirigeant local a alerté le Parlement européen sur l’insuffisance des moyens déployés.
Juan Jesús Vivas, président-maire de Ceuta, a pris la parole jeudi devant le Parlement européen pour décrire une situation qu’il juge toujours critique. Si près de 75 000 migrants ont regagné le Maroc, plusieurs milliers restent sur place, dans un territoire qu’il dit incapable de les recenser avec précision. « Le fait que nous n’ayons pas de chiffres sur le nombre de personnes encore présentes à Ceuta montre à quel point nous manquons de ressources », a-t-il déclaré.
La crise a fait 100 morts, une « tragédie irréparable » selon Vivas, qui a exprimé sa « profonde tristesse » devant les eurodéputés. Il a également reproché au gouvernement socialiste de Pedro Sánchez d’avoir réagi trop tard et de manière insuffisante, affirmant le lui avoir dit personnellement. Les signaux d’alerte lancés par les autorités locales avant l’afflux massif avaient, selon lui, été ignorés.
La question des mineurs non accompagnés concentre désormais les tensions. Le journal El Mundo rapporte que des groupes de bénévoles ont enregistré 4 860 enfants migrants à Ceuta, soit le double des estimations officielles. « Les habitants les accueillent chez eux, mais la situation est insoutenable », a confié un volontaire au quotidien. Aucun mineur n’a encore été transféré vers la péninsule espagnole, les autorités régionales de droite se montrant réticentes à les accueillir. Madrid a pourtant annoncé une enveloppe de 25 millions d’euros pour venir en aide à ces enfants.
Le retour des mineurs vers le Maroc se heurte à un obstacle juridique : leur consentement est requis, ce qui rend la procédure « pratiquement impossible », selon Vivas. Le dirigeant conservateur de Melilla, autre enclave espagnole sur la côte nord-africaine, a de son côté appelé ses homologues continentaux à un « geste de solidarité ».
Les raisons précises de cet afflux massif, survenu le 30 juillet, restent floues. Le commissaire européen aux migrations, Magnus Brunner, a mis en cause des réseaux criminels diffusant de fausses informations, une thèse que Sánchez a reprise à son compte. La décision de la Cour suprême espagnole, qui a interdit les refoulements sommaires en mer vers le Maroc, a également été citée comme facteur déclenchant. Rabat, pour sa part, impute la crise à cette décision judiciaire, estimant que « l’élément dissuasif du système s’est effondré ».
La crise a par ailleurs provoqué des frictions au sein de l’espace Schengen. L’Italie a suspendu son accord de libre circulation avec l’Espagne, soutenue par la Finlande et le Danemark. La République tchèque a réclamé une suspension temporaire de l’adhésion espagnole à Schengen, bien que Ceuta n’en fasse pas partie. Brunner a indiqué que l’UE était « prête à faire davantage » mais n’avait reçu aucune demande supplémentaire de gardes-frontières de la part de Madrid.
Des médias marocains signalent désormais la circulation sur les réseaux sociaux de nouveaux appels à organiser une traversée massive, avec des messages invitant à rejoindre des groupes WhatsApp fermés et des hashtags liés à l’immigration vers l’Espagne, malgré les avertissements des autorités marocaines qui menacent de poursuivre les promoteurs de la migration irrégulière.
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