Le 3 juin 2026, un pont s’est effondré dans le village de Hombo, dans le territoire de Walikale, précipitant plusieurs personnes dans la rivière Luhoho. L’incident, sans victime, a ravivé les tensions autour de la redistribution des richesses tirées de la mine d’étain de Bisie, l’une des plus productives du monde.
Les images circulent depuis début juin : au milieu d’une large rivière, au moins sept personnes luttent contre le courant. Un pont de planches brisé en son milieu, ses deux extrémités plongeant dans l’eau, explique le chaos. L’incident s’est produit le 3 juin à Hombo, village du territoire de Walikale, dans la province du Nord-Kivu. Deux sources locales confirment qu’il n’a fait aucune victime.
Ce pont reliait les deux parties du village, séparées par la rivière Luhoho. Sa disparition a immédiatement pesé sur les échanges commerciaux et l’approvisionnement alimentaire. « Hombo Nord est ravitaillé en produits des champs par Hombo Est via ce pont. Des carences en nourriture se sont déjà fait sentir », alerte Augustin Mbula, journaliste local. Face à l’inaction des autorités, des riverains ont construit un passage de fortune. L’un d’eux confie : « Ce pont peut s’écrouler à n’importe quel moment. Nos efforts sont limités. »
L’accident n’est pas isolé. Fin avril 2026, deux ponts du même territoire s’étaient déjà effondrés à vingt-quatre heures d’intervalle, faisant deux morts dont un enfant. Certaines portions de la route nationale 3, qui relie Walikale à Bukavu, sont devenues impraticables pour les véhicules et doivent être parcourues à pied. Plusieurs acteurs locaux qualifient le territoire de « particulièrement enclavé ».
Ce délabrement contraste avec la richesse souterraine du territoire. Walikale abrite la mine de Bisie, gérée par la société Alphamin, détenue principalement par une entreprise émiratie. Cette mine produit à elle seule 7 % de l’étain extrait chaque année dans le monde. Prince Kihangi, ancien député provincial et coordinateur des Ecologistes RDC, dénonce l’écart entre cette manne et la réalité du terrain : « À Walikale, il n’y a aucune trace qui prouve que des richesses sont en train d’être extraites. J’ai vu une longue queue de plus de 30 camions qui transportaient les minerais. On est en train de vider le territoire. »
Le code minier congolais impose aux entreprises un « cahier des charges » prévoyant des projets de développement local, routes et ponts compris. Mais ces documents, dont certains sont accessibles en ligne, montrent que les réalisations se concentrent autour de la mine de Bisie. Hombo se trouve à plus de 120 kilomètres à vol d’oiseau. Une dotation de 0,3 % du chiffre d’affaires doit également être versée à un organisme spécialisé. Emmanuel Umpula, directeur exécutif de l’Observatoire des ressources naturelles africaines (Afrewatch), pointe les dysfonctionnements de ce mécanisme : « Le comité de supervision prend presque 4 % de cet argent pour son fonctionnement. Les personnes qui gèrent viennent souvent de Kinshasa, beaucoup d’argent part dans leurs voyages. Au niveau local, on ne voit pas assez les projets. »
Alphamin confirme ces chiffres et reconnaît que la mise en place des projets financés par la dotation « est un processus assez long, qui est contesté par certaines personnes ». La société impute une partie des difficultés aux procédures centralisées à Kinshasa. Elle finance par ailleurs Alliance Lowa, une structure à but non lucratif active sur l’ensemble du territoire, mais admet que son budget reste limité à un million de dollars par an et qu’elle n’a « jamais eu pour but » de couvrir l’intégralité des besoins en infrastructures.
Depuis 2020, Alphamin a versé l’équivalent de 13 millions d’euros à la province du Nord-Kivu et plus de 7,8 millions d’euros au secteur des Wanianga, où se situe la mine. Des sommes qui pèsent dans les budgets locaux, selon Michel Moto Muhima, député national du territoire, qui a conduit en 2025 une mission d’enquête sur l’impact social des activités de la société. « Le territoire de Walikale contribue très largement au budget de la province. Mais lorsque vous allez là-bas, c’est un territoire enclavé », observe-t-il. Il souligne aussi le déséquilibre entre le secteur des Wanianga, bénéficiaire des redevances minières, et celui des Bakano, où se trouve une partie de Hombo : « Quand on regarde le budget des Bakano, c’est quasiment des cacahuètes. »
La gestion de ces fonds fait l’objet de contestations. Des lettres envoyées aux autorités provinciales et nationales par un groupe d’activistes, les « Jeunes leaders pour le changement », réclament une enquête sur la « gestion opaque du secteur des Wanianga ». Le chef de ce secteur, Descartes Akilimali, a transmis une liste de réalisations récentes, parmi lesquelles des achats de véhicules, la construction de bureaux et l’ouverture de routes agricoles, défendant un bilan qu’il juge supérieur à celui de son prédécesseur.
Communauté
Commentaires
Les commentaires sont ouverts, mais protégés contre le spam. Les premiers messages et les commentaires contenant des liens passent par une validation manuelle.
Soyez le premier à commenter cet article.