Le fabricant de puces a publié mercredi des résultats trimestriels nettement supérieurs aux attentes de Wall Street, porté par une explosion des revenus liés aux centres de données. Son directeur général Jensen Huang estime que l’intelligence artificielle a franchi un tournant décisif.
96,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires au deuxième trimestre, contre 92,2 milliards attendus par les analystes : Nvidia a une nouvelle fois surpassé les prévisions. Les revenus issus des centres de données ont bondi de 117 % pour atteindre 89 milliards de dollars. Pour le trimestre suivant, le groupe anticipe 108 milliards de dollars de recettes, là encore au-dessus du consensus.
« L’IA a atteint son point d’inflexion. Elle accomplit un travail utile. Ses tokens sont productifs et rentables. Désormais, la puissance de calcul génère des revenus et la demande s’accélère », a déclaré Jensen Huang dans un communiqué accompagnant les résultats.
Malgré ces chiffres, le titre a reculé de 1,8 % dans les échanges après la clôture, après avoir déjà perdu 1,6 % lors de la séance régulière. Ce scénario s’est déjà produit après les résultats du premier trimestre, lorsque l’action avait cédé près de 5 % dans les jours suivants. La dynamique est connue : pour faire monter le cours, Nvidia doit non seulement battre un consensus déjà optimiste, mais aussi livrer des perspectives plus solides qu’anticipé.
Avec une capitalisation boursière de plus de 5 000 milliards de dollars, Nvidia pèse davantage que le PIB du Japon, quatrième économie mondiale. Cette position dominante repose pourtant sur une base de clients concentrée : Amazon, Google et Microsoft représentent l’essentiel de ses revenus, alors que ces trois groupes développent chacun leurs propres puces pour réduire leur dépendance au fabricant californien.
Pour s’ancrer davantage dans l’écosystème qu’il alimente, Nvidia a choisi de participer directement au financement des infrastructures. Ce mois-ci, le groupe a constitué un pool de capital de 500 milliards de dollars avec six sociétés de gestion de Wall Street pour des projets de centres de données. Il s’est par ailleurs engagé à apporter jusqu’à 105 milliards de dollars à un centre de données d’OpenAI dans le comté de Pike, en Ohio, doté d’une capacité initiale de 4,25 gigawatts avec option pour 3,75 supplémentaires.
La croissance actuelle du groupe repose sur ses puces Blackwell, qui alimentent aujourd’hui la majorité des centres de données dédiés à l’IA. Leur successeur, baptisé Vera Rubin, du nom de l’astronome américaine dont les travaux sur la rotation des galaxies ont fourni certaines des premières preuves solides de l’existence de la matière noire, doit commencer à être livré au cours du second semestre. Nvidia a pour tradition de nommer ses architectures en hommage à des scientifiques, après Ampere, Hopper et Blackwell.
Sur le front géopolitique, Washington avait interdit en avril 2025 la vente de la puce H20 conçue pour la Chine, avant de faire marche arrière. Nvidia a depuis obtenu l’autorisation de livrer la puce H200, plus performante, à des clients chinois préalablement approuvés. Des informations font état d’allocations importantes à ByteDance et Tencent, même si Pékin encourage les entreprises locales à privilégier des solutions nationales. La prévision de 108 milliards pour le prochain trimestre est formulée hors Chine.
Le groupe met en avant un carnet de commandes qu’il évalue à environ 1 000 milliards de dollars pour 2026 et 2027, chiffre issu de ses propres déclarations et non de documents financiers vérifiés de manière indépendante.
La publication des résultats de Nvidia est intervenue dans une séance marquée par des données d’inflation légèrement supérieures aux attentes. L’indice des dépenses de consommation des ménages, indicateur privilégié de la Réserve fédérale, a progressé de 0,2 % en juillet contre 0,1 % anticipé, maintenant le rythme annuel à 3,7 %. L’inflation sous-jacente reste à 3,3 % sur un an, au-dessus de l’objectif de 2 % de la Fed pour le 65e mois consécutif. Le FOMC a maintenu ses taux dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 % en juillet, trois présidents de Fed régionales ayant voté pour une hausse d’un quart de point. Les marchés estiment à environ 40 % la probabilité d’un relèvement en septembre.
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