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«Il a toujours été dans ma tête»: Anne Féat traverse la Manche en 15h31 pour son oncle Charles Biétry, atteint de la maladie de Charcot

— «Il a toujours été dans ma tête»: Anne Féat traverse la Manche en 15h31 pour son oncle Charles Biétry, atteint de la maladie de Charcot
«Il a toujours été dans ma tête»: Anne Féat traverse la Manche en 15h31 pour son oncle Charles Biétry, atteint de la maladie de Charcot

À 57 ans, Anne Féat a réussi le défi qu’elle préparait depuis des mois : traverser la Manche à la nage, sans combinaison ni palmes. La Quimpéroise, nièce de Charles Biétry, a relié les côtes anglaises à Tardinghen, dans le Pas-de-Calais, en 15h31. Une performance sportive qu’elle a dédiée à son oncle, atteint depuis plusieurs années de la maladie de Charcot.

Partie mardi 22 septembre à 5h50, heure anglaise, Anne Féat s’est jetée dans la Manche avec pour seuls équipements un maillot de bain, un bonnet et des lunettes. Quinze heures et trente et une minutes plus tard, elle touchait la côte française à Tardinghen, après avoir affronté le froid, la houle, les courants et la fatigue. Elle a résumé son état d’esprit après son arrivée : « Heureuse, mais je ne commence à réaliser qu’aujourd’hui ! »

Une traversée dans sa tête depuis ses 18 ans

Cette traversée, Anne Féat y pensait depuis très longtemps. Maître-nageuse à Ergué-Gabéric, près de Quimper, elle avait commencé à imaginer ce défi dès l’âge de 18 ans. Le projet a véritablement pris forme près de deux ans avant son départ.

Pour pouvoir tenir pendant de longues heures dans la Manche sans protection thermique, elle s’est notamment entraînée tout l’hiver dans les eaux bretonnes. La température de la mer pouvait alors descendre autour de 8 ou 9°C. La combinaison en néoprène a progressivement été abandonnée afin de préparer son organisme aux conditions exigées pour une traversée homologuée.

Quelques jours avant son départ, elle expliquait également avoir adapté son alimentation, son hydratation et son sommeil. Pendant la traversée, son équipe, installée à bord du bateau qui l’accompagnait, devait la ravitailler environ toutes les trente minutes. Elle ne pouvait en revanche ni monter à bord ni prendre appui sur l’embarcation.

La houle se lève après seulement une heure

Les premières minutes se déroulent dans de bonnes conditions. Anne Féat quitte l’Angleterre avec le lever du soleil. Mais la Manche devient rapidement plus difficile. Elle raconte : « Je suis partie à 5h50, heure anglaise, avec un magnifique lever de soleil. Puis, vers 7 heures, ça s’est compliqué. »

Le clapot et la houle commencent alors à se lever. Autour d’elle, le bateau-pilote doit également tenir compte du trafic maritime particulièrement dense dans le détroit du Pas-de-Calais, emprunté quotidiennement par de nombreux cargos et ferries.

Anne Féat poursuit malgré la difficulté. Elle explique s’être répété : « Je me suis dit : surtout ne pas faiblir ! » Son temps final, 15h31, se situe même sous la fourchette de 16 à 18 heures qu’elle envisageait quelques jours avant son départ.

Charles Biétry au cœur de son incroyable défi

Derrière la performance sportive se trouve surtout une histoire familiale. Charles Biétry est le frère de la mère d’Anne Féat. L’ancien directeur des sports de Canal+, ancien dirigeant du PSG et figure historique du journalisme sportif français souffre de sclérose latérale amyotrophique, plus connue sous le nom de maladie de Charcot.

La maladie a progressivement privé Charles Biétry de sa mobilité et de sa voix. À 82 ans, il continue pourtant de prendre publiquement la parole à l’aide d’outils technologiques et soutient notamment la recherche contre cette pathologie neurodégénérative encore incurable.

Anne Féat a donc associé son vieux rêve de traverser la Manche au combat de son oncle. Son projet, baptisé « Au-delà des falaises », vise également à sensibiliser le public à la maladie et à soutenir les actions menées en faveur de la recherche sur la SLA.

Pendant ses 15 heures dans l’eau, Charles Biétry ne l’a pas quittée mentalement. Anne Féat le résume en quelques mots : « Il a toujours été dans ma tête. »

Une performance pour soutenir la recherche contre la maladie de Charcot

Avant même son départ, Anne Féat expliquait que sa traversée devait permettre de parler davantage de cette maladie et des personnes qui en souffrent. La performance sportive a ainsi été associée à une collecte destinée à soutenir la recherche contre la SLA.

Charles Biétry a lui-même multiplié les témoignages publics depuis l’annonce de sa maladie. Privé de sa voix, il a notamment pu s’exprimer grâce à une intelligence artificielle capable de la reproduire. Il déclarait : « Les chercheurs vont trouver un remède, mais ce sera trop tard pour moi. »

L’ancien journaliste s’est également fortement engagé dans le débat sur la fin de vie. Il avait récemment expliqué avoir renoncé à son projet de mourir en Suisse après les avancées du texte français sur l’aide à mourir.

15h31 plus tard, le rêve devient réalité

Anne Féat avait prévu de rallier la France dans une zone dépendant largement des courants. Ceux-ci l’ont finalement conduite jusqu’à Tardinghen, sur la Côte d’Opale. Sa traversée entre l’Angleterre et la France a été bouclée en 15h31. À 57 ans, la maître-nageuse a ainsi concrétisé un projet imaginé près de quarante ans auparavant. Une traversée effectuée sans combinaison, sans palmes et sans escale, avec un objectif clair : mettre en lumière le combat contre la maladie de Charcot et rendre hommage à son oncle Charles Biétry.

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