Le Grand port maritime de la Martinique veut renforcer considérablement sa protection face au narcotrafic. Présenté le 25 septembre par le préfet Étienne Desplanques, le directeur territorial de la police nationale et la direction du port, un nouveau dispositif prévoit trois millions d’euros d’investissements dans la sécurité. Drones, nouveaux équipements de surveillance, robots quadrupèdes et renforcement des contrôles doivent progressivement transformer la sécurisation du site. Une réponse à l’augmentation des flux de stupéfiants interceptés dans les Antilles et à la place stratégique occupée par Fort-de-France sur les routes maritimes reliant l’Amérique du Sud à l’Europe.
Les chiffres expliquent l’accélération des autorités. En 2025, les Forces armées aux Antilles ont intercepté 35,7 tonnes de stupéfiants dans la région, contre 28,3 tonnes un an plus tôt. Plusieurs opérations spectaculaires ont également eu lieu autour de la Martinique, dont la découverte de plus de neuf tonnes de drogue sur un navire de commerce en janvier 2025 et la saisie de plusieurs centaines de kilos de cocaïne lors d’opérations menées encore en 2026. Les interceptions ne permettent pas, à elles seules, de mesurer l’évolution exacte du trafic, mais elles témoignent de l’importance des quantités qui circulent dans cette partie de la Caraïbe.
La bataille contre les trafiquants se déplace à l’intérieur du port
La principale évolution concerne désormais les personnes ayant accès aux installations. Jusqu’à présent, environ 200 salariés, principalement des dockers et des opérateurs travaillant sur les portiques, faisaient l’objet d’une enquête administrative tous les cinq ans. Le nouveau dispositif prévoit de porter ce nombre à environ 700 personnes et de renouveler ces vérifications chaque année. Les transporteurs et d’autres professionnels amenés à pénétrer dans les espaces portuaires seront également concernés. Une politique directement destinée à réduire le risque de complicités internes, régulièrement identifié comme l’une des failles potentielles des grands ports commerciaux.
Les réseaux disposent en effet de moyens financiers considérables pour tenter de recruter des employés capables de faciliter l’introduction de stupéfiants dans les cargaisons. Devant le Sénat dès 2023, le directeur interrégional des douanes des Antilles-Guyane avait insisté sur cette menace, expliquant que certaines méthodes nécessitaient de placer de la cocaïne dans un conteneur au dernier moment avant son départ vers l’Europe. Le plan prévoit donc également des formations consacrées au narcotrafic et à la corruption, accompagnées de dispositifs permettant aux salariés de signaler anonymement d’éventuelles tentatives d’approche.
Deux fois plus de conteneurs inspectés
Le contrôle physique des marchandises constitue l’autre chantier majeur. Environ 180 000 conteneurs transitent chaque année par le port martiniquais, mais un peu plus d’un millier seulement avaient été inspectés en 2025. Le nombre de contrôles devrait atteindre environ 2 000 cette année. La proportion reste limitée face au volume total des échanges, mais les autorités espèrent augmenter progressivement les capacités de détection grâce aux scanners et aux nouveaux équipements. Les policiers et les douaniers peuvent également suivre certaines zones en temps réel grâce au développement d’un réseau de vidéosurveillance fonctionnant en permanence.
Cette sécurisation marque surtout une évolution dans la stratégie française contre le narcotrafic dans les Caraïbes. Pendant plusieurs années, les opérations les plus visibles reposaient principalement sur les interceptions réalisées en mer par la Marine nationale, avec le concours du renseignement français et de partenaires étrangers comme la DEA américaine ou la National Crime Agency britannique. L’État cherche désormais à renforcer simultanément la surveillance maritime et le verrouillage des infrastructures portuaires. Fort-de-France devient ainsi l’un des points clés de cette nouvelle doctrine : empêcher la drogue d’atteindre les quais, mais aussi rendre beaucoup plus difficile son passage clandestin dans les milliers de conteneurs qui quittent chaque année la Martinique.
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