Ce 4 mai, deux économistes proposent une date qui claque comme un rappel à l’ordre sur le calendrier social français. Erwann Tison (Institut de l’Entreprise) et Maxime Sbaihi (Club Landoy) fixent cette année un « Jour de Libération des Actifs », une manière de dire qu’à partir de ce moment symbolique, les salariés auraient « fini » de financer, pour le reste de l’année, les retraites et une partie des dépenses de santé des plus âgés. L’image est simple, presque brutale dans sa lisibilité, et c’est bien le but.
Dans leur calcul, les auteurs partent d’un salarié type au revenu médian. Ils additionnent les cotisations retraite côté salarié et côté employeur, puis aboutissent à environ 29,5 % du salaire brut total. Ils élargissent ensuite le périmètre en y ajoutant des dépenses de santé attribuées aux seniors, ce qui, selon leur estimation, fait grimper l’effort à 37 % du salaire brut. Dit autrement, une grosse part du travail de l’année partirait d’abord alimenter la solidarité intergénérationnelle avant de « revenir » à celui qui se lève le matin.
Un repère qui frappe les esprits, au risque de tendre les générations
Le marqueur s’invite forcément dans un débat déjà inflammable, celui de la répartition, où les cotisations des actifs financent immédiatement les pensions. La récente réforme des retraites, avec l’âge légal repoussé et la durée de cotisation accélérée, a laissé des traces et remis sur la table une question qui ne veut pas mourir: qui paie, combien et pour quel équilibre entre générations. Vieillissement démographique, niveau de vie comparé des retraités et des actifs, trajectoire des comptes sociaux, tout se mélange, et l’impression d’effort devient un sujet politique en soi.
Reste la critique classique de ce genre de « journée »: à trop vouloir matérialiser, on finit parfois par opposer. Les défenseurs de l’idée y voient un outil pédagogique pour rendre tangible un poids macroéconomique souvent noyé dans des pourcentages et des rapports, tandis que d’autres redoutent une mise en scène qui installe un face-à-face entre jeunes et vieux. Les pouvoirs publics, eux, s’appuient d’ordinaire sur des projections et des données officielles pour juger de la soutenabilité, mais l’opinion retient surtout ce qui se comprend en une phrase. Et ce 4 mai, précisément, a tout pour s’installer dans les discussions à venir, au moment où la France cherche encore la bonne formule pour tenir sa promesse sociale sans étouffer ceux qui la financent.
Communauté
Commentaires
Les commentaires sont ouverts, mais protégés contre le spam. Les premiers messages et les commentaires contenant des liens passent par une validation manuelle.
Soyez le premier à commenter cet article.