Sur les routes de Guyane, l’ambulance n’est pas qu’un véhicule, c’est souvent le dernier fil entre une commune isolée et un soin. Or ce fil se tend dangereusement. Les entreprises de transport sanitaire alertent: la hausse brutale du gazole met leurs comptes à l’épreuve et, derrière les chiffres, c’est la continuité des prises en charge qui vacille.
D’un coup, la note a explosé. Au 1er mai, le litre de gazole a pris 20 centimes pour atteindre 2,19 euros à la pompe, quand il tournait autour de 1,65 euro il y a encore quatre mois. Dans un territoire immense, où les distances ne pardonnent rien, l’addition grimpe vite et le président du syndicat des ambulanciers le résume d’une phrase qui claque: « On va se poser des questions avant d’aller rejoindre un malade ». Une façon de dire qu’à force de rouler à perte, même la vocation se heurte au mur du réel.
Le carburant représente environ un quart des dépenses des sociétés d’ambulances. L’État a annoncé une aide de 70 euros par véhicule, un geste jugé très insuffisant par la profession. Car leurs recettes, elles, restent sous cloche: les tarifs des transports sanitaires sont fixés par la Sécurité sociale et n’ont pas suivi la flambée des coûts, laissant les entreprises coincées entre des obligations de service et une comptabilité qui ne fait pas de sentiment.
Quand chaque kilomètre pèse lourd
Ici, le mot « trajet » n’a pas le même sens qu’en métropole. Les allers-retours vers Saint-Laurent-du-Maroni ou Saint-Georges se comptent en dizaines de kilomètres, parfois bien plus, avec des contraintes d’accès et de temps qui immobilisent longtemps les équipages. Dans ce contexte, chaque mission ressemble à une équation: disponibilité, carburant, délais, et cette question qui revient sur le terrain, celle de la sécurité lors de certaines sorties, surtout la nuit, quand les tensions peuvent monter et que l’isolement se fait sentir.
Fin avril, les syndicats ont été reçus au ministère de la Santé. À ce stade, aucune solution rapide ne se dessine, et les demandes de revalorisation tarifaire restent sur la table. La profession redoute d’être le maillon discret qu’on sollicite toujours, mais qu’on oublie quand vient le temps d’ajuster les règles du jeu, alors même que les urgences et l’accès aux soins sont déjà sous tension en Guyane.
Reste un risque très concret: si les entreprises réduisent la voilure ou si les départs deviennent plus hésitants, les délais s’allongent, et tout le système encaisse. On parle souvent de l’hôpital, des lits, des médecins, rarement de ces kilomètres avalés sous gyrophare qui font tenir la chaîne. En Guyane, le carburant n’est pas qu’un poste de dépense, c’est un baromètre, et il indique une zone de turbulences dont personne ne sortira indemne si rien ne bouge.
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