Les ministres des Affaires étrangères omanais et iranien ont discuté mardi 25 août d’un accord-cadre prévoyant un « couloir temporaire » de navigation et une opération de déminage dans le détroit d’Ormuz, sans parvenir à s’entendre sur une réouverture complète du passage.
Le détroit d’Ormuz reste au cœur d’une négociation délicate entre Mascate et Téhéran. Badr al-Busaidi, ministre omanais des Affaires étrangères, a indiqué sur X espérer « annoncer bientôt » l’ouverture de ce couloir et « des modalités pratiques afin de rétablir une navigation sûre ». Un communiqué conjoint publié à l’issue des discussions précise que des négociations se poursuivront pour établir un couloir « permanent » et définir « la future gestion du détroit ».
Mercredi, les Gardiens de la révolution iraniens ont annoncé que « certains accords ont été conclus concernant la part de chaque pays dans les eaux du détroit et la part de l’Iran et d’Oman dans ses revenus ». Selon plusieurs médias, le dispositif envisagé prévoit que les navires entrant dans le Golfe passent par les eaux iraniennes, tandis que ceux en sortant emprunteraient les eaux omanaises, Téhéran conservant un droit de regard sur l’ensemble du trafic.
L’Iran verrouille ce passage stratégique depuis le début de la guerre en février. Avant le conflit, un cinquième des hydrocarbures mondiaux y transitaient. Le protocole d’accord signé le 17 juin entre Washington et Téhéran, qui prévoyait notamment la réouverture du détroit, a depuis volé en éclats, rendant tout compromis sur la navigation crucial pour une éventuelle reprise des négociations de paix.
Téhéran conditionne la réouverture complète du détroit à un arrêt de la guerre « sur tous les fronts » et à la levée du blocus américain sur les ports iraniens. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, l’a répété sans ambiguïté. Washington, de son côté, s’oppose catégoriquement à l’imposition de frais dans le détroit. Donald Trump a par ailleurs affirmé que le passage était sous contrôle américain, ce que Téhéran a démenti, et menacé Oman de bombardements si le sultanat se mettait « en travers » de la route des États-Unis.
Ces positions divergentes expliquent la lenteur du processus, selon le chercheur omanais Abdallah Baabood. « Oman et l’Iran négocient de fait les éléments d’une architecture de gouvernance et de sécurité pour l’après-guerre dans le détroit d’Ormuz », analyse-t-il. Les discussions portent sur la souveraineté, la juridiction, le contrôle des navires et la conformité d’un accord avec le droit international. Oman cherche à « dissocier autant que possible la liberté de navigation du conflit plus large », tandis que Téhéran lie la question au bras de fer global avec Washington. Ces stratégies divergentes constituent, selon Baabood, « la véritable source du retard ».
Mascate joue un rôle d’intermédiaire périlleux entre les deux puissances. Pour ne pas donner l’impression d’entériner un contrôle iranien durable, Oman associe les autres États riverains aux discussions et invoque le droit international. L’objectif serait d’aboutir à une « garantie collective de la liberté de navigation », plutôt que de dépendre de la coercition iranienne ou d’une présence militaire américaine permanente. « Ce serait un résultat très omanais : non pas un grand accord de paix, mais un arrangement pratique », résume le chercheur.
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