Le milliardaire russe Vadim Moshkovich, fondateur du géant agricole Rusagro, restera en détention provisoire jusqu’au 25 août prochain, a annoncé son avocat à Reuters mardi. Cette décision du tribunal de Moscou intervient alors que l’homme d’affaires, accusé de détournement massif de fonds, continue de clamer son innocence.
Déjà incarcéré depuis la fin mars, Moshkovich, ancien membre de la Chambre haute du Parlement russe entre 2006 et 2014, est soupçonné d’avoir détourné près de 30 milliards de roubles, soit environ 372 millions de dollars. Il a comparu au tribunal vêtu d’un t-shirt sombre et d’un cardigan bleu marine, tandis que de nouvelles accusations de corruption ont été ajoutées à son dossier, selon des médias russes.
À la tête d’une fortune estimée à 2,9 milliards de dollars par le magazine Forbes, Moshkovich dirige Rusagro, premier groupe agricole coté en bourse en Russie. L’entreprise est l’un des principaux producteurs de sucre, de viande, d’huiles et de graisses du pays, et figure parmi les plus importants propriétaires fonciers russes. L’affaire porterait sur une transaction visant l’acquisition d’une part de 85 % dans l’entreprise Solnechnie Produkty, spécialisée dans les huiles et graisses végétales. L’accord aurait inclus un investissement qui, selon les enquêteurs, ne s’est jamais concrétisé.
L’arrestation de Moshkovich a provoqué une onde de choc sur les marchés financiers. Le titre de Rusagro a plongé de près de 20 % le jour de son arrestation, le 26 mars, et n’a toujours pas retrouvé ses niveaux antérieurs.
Cette affaire s’inscrit dans une dynamique plus large du Kremlin visant à renforcer le contrôle de l’État sur les actifs jugés stratégiques. Depuis le début de l’offensive militaire en Ukraine en 2022, le gouvernement russe a multiplié les saisies, aussi bien vis-à-vis d’intérêts étrangers que d’acteurs économiques nationaux. En 2023, le ministère de l’Agriculture avait déjà obtenu le transfert de domiciliation juridique de Rusagro de Chypre vers la Russie.
Par ailleurs, les tribunaux russes ont récemment ordonné la nationalisation de plusieurs infrastructures majeures, dont l’aéroport de Domodedovo à Moscou, un négociant en céréales d’envergure, ainsi que des entrepôts et producteurs industriels stratégiques. Ces décisions illustrent l’offensive juridique lancée par le pouvoir pour asseoir sa mainmise sur l’économie du pays en temps de guerre.