Des rassemblements sont prévus ce samedi 26 septembre dans plus de 250 villes françaises pour réclamer des mesures en faveur du climat, du vivant et de la justice sociale. Le mouvement, initialement annoncé autour de 200 mobilisations, a pris de l’ampleur dans les derniers jours : les organisateurs recensaient plus de 250 rendez-vous, tandis que l’appel national revendiquait plus de 46 000 signatures et plus d’un millier d’organisations participantes. À Paris, un cortège doit notamment relier Nation à République. Derrière cette mobilisation se trouvent des associations environnementales, des syndicats, des collectifs citoyens et plusieurs organisations professionnelles ou militantes, avec une stratégie assumée : élargir le mouvement climatique au-delà de son noyau traditionnel.
L’été 2026 fournit aux organisateurs un contexte particulièrement favorable à cette tentative de remobilisation. Selon Météo-France, il a été le plus chaud observé dans l’Hexagone depuis le début des mesures en 1900, avec une température moyenne supérieure de 3,6 °C aux normales. La France a connu 53 jours en vague de chaleur, contre 33 lors du précédent record de 2022, tandis que les précipitations ont accusé un déficit proche de 40 %. La sécheresse moyenne des sols a atteint un niveau inédit à l’échelle nationale et 90 % du territoire a connu au moins une température maximale de 35 °C. Les incendies ont également marqué la saison, renforçant la perception d’un dérèglement climatique désormais directement visible dans la vie quotidienne.
Retrouver l’élan des grandes marches de 2018 et 2019
Le défi reste pourtant considérable pour les organisateurs. Les grandes marches pour le climat ont perdu une partie de leur capacité de mobilisation depuis leur apogée de 2018-2019. En mars 2019, la « Marche du siècle » avait réuni 350 000 personnes en France selon ses organisateurs, dont près de 100 000 à Paris, tandis que la préfecture avait compté 36 000 participants dans la capitale. Quelques mois plus tard, le mouvement rassemblait encore plusieurs dizaines de milliers de personnes. La pandémie a ensuite interrompu cette dynamique, avant une reprise beaucoup plus modeste : en mars 2022, les organisateurs revendiquaient 80 000 participants dans toute la France et 32 800 à Paris.
L’essoufflement était devenu particulièrement visible en 2022 et 2023. Lors d’une grève mondiale pour le climat en septembre 2022, seuls quelques centaines de militants avaient manifesté à Paris, malgré un été lui aussi marqué par les incendies et les canicules. En mars 2023, une vingtaine seulement de villes françaises avaient répondu à un nouvel appel. Plusieurs chercheurs avaient alors souligné la banalisation du sentiment d’urgence climatique, mais aussi la fragmentation du mouvement entre marches traditionnelles, actions de désobéissance civile, recours juridiques et mobilisations locales. La journée du 26 septembre cherche précisément à reconstruire une coalition plus large.
Une mobilisation qui cherche à dépasser la seule question écologique
La particularité de l’appel de cette année tient à la diversité des organisations associées. France Nature Environnement, Greenpeace, WWF, Fridays for Future, mais aussi des syndicats, des représentants de professions de santé, des pompiers, des associations de lutte contre la précarité et différents collectifs sociaux ont participé aux initiatives de rentrée. Les organisateurs mettent en avant les effets concrets de la chaleur sur le logement, les écoles, les hôpitaux, les travailleurs exposés ou encore les secours. Cette stratégie vise à ne plus présenter le climat comme une revendication environnementale isolée, mais comme une question de santé, de travail, de sécurité et de pouvoir d’achat. La politiste Sylvie Ollitrault décrit cette configuration comme « intersectorielle », parce qu’elle dépasse les seuls réseaux écologistes traditionnels.
Reste à savoir si cette extension des revendications permettra de transformer l’émotion provoquée par l’été 2026 en mobilisation durable. Le nombre de villes engagées montre une capacité d’organisation réelle, mais il ne préjuge pas de la participation effective dans les cortèges. L’histoire récente invite d’ailleurs à la prudence : les épisodes climatiques extrêmes de 2022 n’avaient pas suffi, à eux seuls, à ramener les foules observées trois ans plus tôt. Le test de ce samedi sera donc moins le nombre de rassemblements annoncés que leur fréquentation et leur capacité à prolonger la mobilisation au-delà d’une journée. Après plusieurs années de recul des grandes marches nationales, l’été le plus chaud jamais mesuré en France fournit aux mouvements climatiques une occasion de replacer le sujet dans la rue, sans garantie que l’élan de 2019 puisse être retrouvé.

Communauté
Commentaires
Écrire un commentaire
Soyez le premier à commenter cet article.