La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a défendu mercredi 21 octobre devant la commission des lois de l’Assemblée nationale le budget de son ministère pour 2027. Avec une enveloppe annoncée de 3,68 milliards d’euros, en progression de 10 % par rapport à l’année précédente, le gouvernement affirme préserver les moyens consacrés aux territoires ultramarins. Mais plusieurs députés dénoncent une augmentation en trompe-l’œil, qui masquerait une diminution des crédits à périmètre constant.
Le gouvernement affiche une augmentation des moyens consacrés aux territoires ultramarins, mais les chiffres présentés sont loin de convaincre l’ensemble des parlementaires. Auditionnée mercredi 21 octobre 2026 à l’Assemblée nationale, Naïma Moutchou a détaillé les principales orientations de la mission budgétaire « Outre-mer » inscrite dans le projet de loi de finances pour 2027. L’enveloppe atteint 3,68 milliards d’euros, soit environ 320 millions d’euros supplémentaires par rapport à 2026. Une progression de 10 % que la ministre présente comme un effort significatif dans un contexte de maîtrise des dépenses publiques. Elle a défendu une trajectoire destinée à préserver les politiques essentielles aux territoires, tout en participant aux objectifs nationaux de redressement des finances publiques.
Plusieurs priorités ont été présentées devant les députés. Le gouvernement entend notamment renforcer la lutte contre la vie chère, soutenir l’emploi et l’activité économique, améliorer l’accès au logement et répondre aux difficultés persistantes d’approvisionnement en eau potable. Mayotte et la Guyane figurent parmi les territoires particulièrement concernés par ces enjeux. Le budget doit également accompagner la reconstruction et la refondation de Mayotte, ainsi que les dispositifs de soutien à la Nouvelle-Calédonie, dont la situation économique et financière reste fragile. Une part importante des crédits de la mission concerne par ailleurs les exonérations de cotisations sociales spécifiques aux Outre-mer, destinées à réduire le coût du travail et à soutenir la compétitivité des entreprises locales. Pour l’exécutif, ces mesures doivent contribuer à préserver l’attractivité économique de territoires confrontés à des contraintes structurelles importantes.
Une augmentation de 10 % qui masque, selon plusieurs députés, une baisse des moyens
Les critiques se sont rapidement concentrées sur la méthode de présentation du budget. Le député du Rassemblement national Yoann Gillet, rapporteur pour avis de la commission des lois, a dénoncé une diminution de 7 % des crédits à périmètre constant, malgré la hausse affichée par le gouvernement. Cette différence s’explique par les modifications apportées au périmètre budgétaire, qui rendent plus complexe la comparaison directe avec l’année précédente. Le parlementaire a également évoqué environ 3,4 milliards d’euros d’engagements restant à payer et jugé les moyens prévus insuffisants face à la pauvreté et à la précarité. Cette lecture rejoint les réserves déjà exprimées par Christian Baptiste, député de Guadeloupe et rapporteur spécial du budget, qui considère que la progression globale ne traduit pas nécessairement une augmentation réelle des ressources disponibles pour les politiques ultramarines.
D’autres parlementaires ont exprimé leur mécontentement, en insistant sur les conséquences concrètes des arbitrages budgétaires. Le député martiniquais Jean-Philippe Nilor, membre de La France insoumise, a dénoncé une orientation qu’il considère défavorable aux Outre-mer. La députée réunionnaise Émeline K/Bidi a estimé que les moyens annoncés ne répondaient pas aux besoins de la jeunesse ultramarine. De son côté, la députée socialiste de Martinique Béatrice Bellay a particulièrement insisté sur la crise du logement. Selon elle, les financements prévus dans le cadre de la ligne budgétaire unique consacrée au logement social reposent sur des coûts de construction insuffisants. Elle a notamment comparé une référence budgétaire de 165 000 euros pour un appartement de trois pièces à un coût qu’elle estime désormais proche de 220 000 euros en Martinique. Une différence qui, selon l’élue, risque de limiter la réalisation de nouveaux logements sociaux.
Eau potable à Mayotte et désendettement en Nouvelle-Calédonie : des réponses encore attendues
La situation de Mayotte a également occupé une place importante dans les échanges. La députée Estelle Youssouffa a interpellé la ministre sur les difficultés d’accès à l’eau potable, qui continuent d’affecter le quotidien de nombreux habitants. Elle a notamment regretté l’absence, selon elle, de mesures suffisamment concrètes pour répondre à cette crise et dénoncé l’arrêt du projet de dessalement destiné à renforcer les capacités de production d’eau. En Nouvelle-Calédonie, le député Emmanuel Tjibaou a demandé des précisions sur les perspectives de désendettement du territoire et sur le contrat pluriannuel de financement dont les discussions avaient été annoncées. Un mois après le déplacement à Paris d’une délégation transpartisane d’élus calédoniens, il a regretté l’absence d’avancées tangibles sur ce dossier. Ces interventions illustrent la diversité des attentes auxquelles le ministère doit répondre, entre urgences sociales, investissements structurels et accompagnement économique.
Le débat budgétaire est donc loin d’être terminé. Le lundi 26 octobre, la commission des finances de l’Assemblée nationale doit examiner à son tour les crédits de la mission « Outre-mer », avant la poursuite de la discussion parlementaire sur le projet de loi de finances pour 2027. Les députés devront notamment déterminer si les montants annoncés correspondent réellement aux besoins des territoires et si les dispositifs existants disposent de ressources suffisantes pour produire des résultats. Pour Naïma Moutchou, l’enjeu consiste à défendre une enveloppe présentée comme préservée malgré les contraintes nationales. Pour ses opposants, la priorité est d’obtenir des garanties sur les crédits effectivement mobilisables, notamment en matière de logement, de pouvoir d’achat, d’eau potable et de développement économique. Au-delà de l’affichage des 3,68 milliards d’euros, c’est donc l’efficacité des dépenses et leur répartition entre les territoires qui seront au cœur des prochaines discussions.

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