Samedi, Sarah Mullally a posé ses valises à Rome pour quatre jours et ce n’est pas un simple déplacement protocolaire. Intronisée il y a un mois archevêque de Canterbury, l’ex-infirmière de 63 ans devient la première femme à occuper la plus haute fonction spirituelle de l’Église d’Angleterre et son premier voyage à l’étranger la mène droit au cœur du catholicisme. Lundi matin, elle doit être reçue par le pape Léon XIV, un tête-à-tête attendu dans les chancelleries religieuses comme on attend un signal, discret mais lisible, sur l’état des relations entre les deux Églises.
Car l’histoire pèse, toujours. La rencontre intervient soixante ans après celle de 1966 entre Michael Ramsey et Paul VI, moment fondateur depuis la rupture d’Henri VIII au XVIe siècle. Depuis, le dialogue s’est réchauffé, sans effacer les désaccords, et 2016 avait encore mis en lumière des tensions, notamment autour de l’ordination des femmes. L’Église d’Angleterre autorise des femmes évêques depuis 2014, une évolution qui continue de diviser en interne, tandis que Rome répète son refus d’un sacerdoce féminin et maintient le célibat des prêtres, hormis quelques exceptions liées à des conversions anglicanes.
Une poignée de main, des divergences qui restent
Dans les couloirs, certains espèrent déjà plus qu’une photo. Des militantes catholiques des droits des femmes veulent croire que la présence d’une archevêque en exercice face au pape peut faire bouger les lignes et l’une d’elles, Sylvaine Landrivon, résume l’idée avec une formule qui claque, « les femmes, qui représentent la moitié du peuple de Dieu, ont les mêmes compétences que les hommes ». À Rome, pourtant, on s’attend plutôt à une visite tenue, cadrée, Sarah Mullally ne souhaitant pas être enrôlée dans l’agenda d’une autre Église, surtout quand sa propre Communion anglicane est déjà travaillée par de fortes tensions, entre conservateurs et progressistes, sur la liturgie ou le mariage homosexuel.
Reste que les deux responsables ont de vrais terrains communs, ceux qui parlent aux fidèles comme aux sceptiques, immigration, pauvreté, guerre, environnement, transmission aux jeunes générations. Les deux institutions portent aussi le même fardeau, celui des scandales d’abus sexuels et des accusations de dissimulation, qui abîment la confiance et obligent à une parole plus nette. Six mois après la prière du roi Charles III aux côtés d’un pape, ce nouveau rendez-vous au Vatican cherche moins le grand soir que la continuité d’un fil, fragile mais tenace, celui d’une « communauté chrétienne réconciliée, fraternelle et unie » souhaitée par Léon XIV, avec une prochaine étape déjà dans tous les esprits.
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