Le président syrien Ahmed al-Sharaa a signé un décret historique reconnaissant officiellement les droits des Kurdes syriens, en leur restituant la citoyenneté et en accordant un statut national à la langue kurde, selon l’agence de presse officielle SANA. Il s’agit de la première reconnaissance formelle de ce type depuis la création de l’État syrien.
Le texte reconnaît l’identité kurde comme partie intégrante de la nation syrienne et établit le kurde comme langue nationale au même titre que l’arabe. Il autorise son enseignement dans les écoles et impose aux institutions publiques l’usage d’un discours national inclusif, tout en interdisant toute discrimination ethnique ou linguistique.
Le décret met également fin aux conséquences d’un recensement controversé mené en 1962 dans la province de Hassaké, qui avait privé des dizaines de milliers de Kurdes de la nationalité syrienne. Tous les résidents concernés, y compris ceux enregistrés comme apatrides, se voient désormais accorder la citoyenneté.
Autre mesure symbolique forte, la fête de Norouz, célébrant le printemps et le Nouvel An kurde, devient un jour férié national rémunéré. Le texte prévoit en outre des sanctions contre l’incitation à la haine ethnique.
Cette annonce intervient dans un contexte tendu, quelques jours après de violents affrontements à Alep entre forces gouvernementales et combattants kurdes, qui ont fait plusieurs dizaines de morts et provoqué le déplacement de plus de 150 000 personnes avant le retrait des forces kurdes de certaines zones.
Depuis la chute de Bachar al-Assad, Ahmed al-Sharaa s’est engagé à réunifier un pays fracturé par 14 années de guerre civile. Mais les relations restent délicates avec les Forces démocratiques syriennes, qui contrôlent une grande partie du nord-est du pays. Des négociations avaient été engagées l’an dernier pour intégrer les structures kurdes aux institutions de l’État syrien, sans avancées majeures jusqu’à présent.
Pour de nombreux observateurs, ce décret marque un tournant politique majeur et pourrait constituer un geste d’apaisement en direction des Kurdes, même si son application concrète sur le terrain reste à observer.