Lors de son concert à Philadelphie, le chanteur britannique Ed Sheeran a pris position publiquement sur le conflit israélo-palestinien, qualifiant la guerre menée par Israël à Gaza de « catastrophique, injustifiable et disproportionnée ». Une sortie de réserve inédite, intervenue dans un contexte de polémique autour de l’éviction du rappeur Macklemore de sa tournée.
C’est un artiste habituellement soucieux de tenir la politique à distance de ses concerts qui a surpris son public samedi soir au Lincoln Financial Field de Philadelphie. Ed Sheeran, l’une des figures les plus populaires de la pop britannique, a choisi ce premier rendez-vous scénique depuis l’éclatement d’une vive controverse pour s’exprimer sur le conflit israélo-palestinien, rompant avec la posture apolitique qu’il avait jusqu’ici revendiquée.
Le chanteur a qualifié l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, qui avait coûté la vie à environ 1 200 personnes et conduit à la prise de dizaines d’otages, d’« horrible ». Il a ensuite décrit la guerre que mène Israël à Gaza, dont le bilan dépasse désormais 70 000 morts, comme « catastrophique, injustifiable et disproportionnée ». Il a également dénoncé ce qu’il a appelé une « injustice systémique » en Cisjordanie occupée, où le gouvernement israélien poursuit l’expansion des colonies de peuplement juives, que l’ONU a qualifiée de « violation flagrante du droit international ».
« Je ne veux pas décevoir mes fans, et je n’ai jamais voulu être un musicien militant, mais tout cela m’a placé au centre d’un débat important et passionné sur la liberté d’expression et sur la question politique la plus complexe de la planète », a-t-il déclaré depuis la scène. Il a également reconnu avoir commis des erreurs dans la gestion de la situation, présentant ses excuses au public.
Ces déclarations tranchent avec sa prise de position antérieure sur Instagram, où il avait affirmé que ses concerts n’avaient pas vocation à devenir un « forum politique ».
La crise avait éclaté début septembre, lorsque le rappeur américain Macklemore avait lancé un « Free Palestine » lors du premier concert de la tournée américaine Loop Tour, au New Jersey. Il avait été écarté de la suite du programme. Ed Sheeran a nié en être directement responsable, invoquant des menaces de certaines salles d’annuler les représentations si Macklemore restait à l’affiche. Le rappeur a pour sa part indiqué publiquement que le milliardaire Robert Kraft, propriétaire du Gillette Stadium de Foxborough dans le Massachusetts, avait exigé son exclusion.
L’éviction de Macklemore a provoqué un mouvement de solidarité parmi les artistes de la tournée. Le musicien Finneas, le groupe danois Lukas Graham, le chanteur irlandais Aaron Rowe ainsi que le groupe de musiciens accompagnateurs d’Ed Sheeran ont tous annoncé leur retrait, laissant l’un des artistes les plus vendus au monde sans première partie.
Avant le concert de Philadelphie, des dizaines de manifestants pro-palestiniens ont rassemblé pacifiquement leurs drapeaux et leurs slogans devant le stade. Parmi eux, un jeune homme de 18 ans, Brandon Ateke, a expliqué avoir renoncé à assister au spectacle pour rejoindre le rassemblement, dénonçant ce qu’il perçoit comme une « complicité » du chanteur avec ceux qui ont réduit Macklemore au silence. L’organisation Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel appelle par ailleurs au boycott de la tournée mondiale d’Ed Sheeran.

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