LONDRES — Le scandale Wirecard, l’un des plus retentissants de l’histoire financière allemande, a pris une tournure encore plus sombre. Jan Marsalek, ancien dirigeant en fuite de la société de paiement en faillite, est désormais au cœur d’une affaire d’espionnage tentaculaire reliant trafics d’armes, diamants, drones militaires et mercenaires. C’est ce qu’a révélé jeudi un tribunal londonien, sur la base de messages échangés entre Marsalek et le chef présumé d’un réseau d’espionnage russe opérant au Royaume-Uni.
Selon les procureurs, Marsalek et Orlin Roussev, un ressortissant bulgare de 47 ans, ont évoqué à plusieurs reprises leurs liens avec les services de renseignement russes, notamment le GRU. Ensemble, ils ont discuté de la fourniture de drones à la Russie pour sa guerre en Ukraine, de la vente d’armes au Cameroun et même de la possibilité de livrer des mercenaires pour combattre Boko Haram en Afrique. Roussev aurait aussi exprimé le souhait de ses contacts chinois de capturer des équipements militaires occidentaux pour les analyser.
Le tribunal a révélé que Marsalek avait déclaré avoir été mis en contact avec un « gourou de l’approvisionnement en drones » et s’être entretenu avec les « gars du GRU ». Ils auraient également abordé la possibilité de régler certains de leurs projets par des diamants, ou encore de combiner livraisons de blé et ventes d’armes. En 2021, ils auraient tenté d’organiser un pont aérien privé pour quitter Kaboul, une opération liée à une société de sécurité américaine, Constellis, selon l’accusation.
Six Bulgares ont été reconnus coupables dans cette affaire d’espionnage pour le compte de la Russie. Trois ont plaidé coupables, dont Roussev et son adjoint Biser Dzhambazov, tandis que trois autres, qui avaient nié les accusations, ont été condamnés en mars. Le groupe espionnait des journalistes, des dissidents et même des soldats ukrainiens en formation sur une base américaine en Allemagne.
Le Kremlin n’a pas commenté l’affaire, rejetant systématiquement les accusations d’espionnage. L’ambassade de Russie à Londres est également restée silencieuse. Quant à Jan Marsalek, toujours recherché par l’Allemagne pour son rôle dans la fraude Wirecard, il reste introuvable, bien que les enquêteurs pensent qu’il se cache en Russie.