La tournée régionale du président américain Donald Trump dans le Golfe a marqué un tournant diplomatique majeur au Moyen-Orient, consacrant un nouvel ordre régional dominé par les puissances sunnites du Golfe et reléguant Israël au second plan. À Riyad, Doha et Abou Dhabi, Trump a multiplié les accords stratégiques en matière d’armement, d’investissements et de technologies, tout en signifiant à Benjamin Netanyahou que l’appui traditionnel et inconditionnel de Washington n’était plus garanti.
Le message de Trump a été illustré par un moment symbolique : sa poignée de main à Riyad avec le nouveau président syrien Ahmed al-Sharaa, qualifié de « terroriste » par Israël. « Il a le potentiel. C’est un véritable leader », a déclaré Trump, conforté par ses hôtes saoudiens qui orchestrent une normalisation régionale accélérée au détriment de l’« axe de la résistance » mené par l’Iran.
Ce réalignement américain vise à recentrer la stratégie de Washington sur des partenariats « transactionnels » avec les pays les plus riches et les plus influents du monde arabe. L’intransigeance de Netanyahou sur Gaza, son opposition aux négociations américano-iraniennes et son refus d’engager une solution politique post-conflit l’ont marginalisé, selon plusieurs sources diplomatiques. L’administration Trump, bien que publiquement fidèle à Israël, ne cache plus son exaspération.
La guerre à Gaza, où le bilan dépasse 52 900 morts selon les autorités locales, reste un point de friction majeur. Trump avait fait du cessez-le-feu une priorité, espérant capitaliser sur son image de négociateur. Mais Netanyahou a poursuivi l’offensive militaire et refusé toute feuille de route politique, sapant les espoirs d’un accord durable.
Parallèlement, la Maison Blanche a levé des sanctions contre la Syrie à la demande de Riyad, conclu une trêve avec les Houthis au Yémen, et initié un projet de coopération nucléaire civile avec l’Arabie saoudite. Ces gestes, impensables il y a quelques mois, montrent à quel point les priorités américaines se sont réorientées vers les États sunnites.
Israël, qui craint de perdre sa supériorité militaire régionale, notamment si Riyad accède à des avions F-35, observe avec inquiétude ce rééquilibrage. Le silence du gouvernement de Netanyahou tranche avec l’agitation médiatique israélienne, où nombre de commentateurs évoquent une perte d’influence sans précédent.
L’ancien Premier ministre Naftali Bennett a fustigé la passivité du gouvernement face à ces « changements tectoniques ». Pour lui, Israël risque d’être relégué au rang de spectateur dans une région qui redessine ses équilibres sans lui.
Alors que Trump poursuit ses initiatives diplomatiques, c’est une carte du Moyen-Orient profondément remodelée qui prend forme, avec Riyad comme centre de gravité et une Israël affaiblie, isolée, et plus contestée que jamais.