Le président américain Donald Trump entame cette semaine une visite diplomatique en Arabie saoudite, au Qatar et aux Émirats arabes unis, au moment où les tensions régionales sont exacerbées par la guerre à Gaza et la montée des périls autour du programme nucléaire iranien. Bien que son itinéraire évite délibérément Israël et l’Iran, ce sont pourtant ces deux pays qui cristallisent les principaux enjeux géopolitiques de son déplacement.
Depuis la fin d’un cessez-le-feu il y a deux mois, Israël a intensifié son offensive militaire dans la bande de Gaza. Le blocus total imposé sur la nourriture, les médicaments et autres fournitures aggrave une crise humanitaire déjà catastrophique. En parallèle, les inquiétudes autour de l’Iran se ravivent, la République islamique étant soupçonnée d’être à deux doigts de se doter de l’arme nucléaire, au grand dam d’Israël et de ses alliés du Golfe.
Malgré ce contexte brûlant, Donald Trump choisit de se concentrer sur des pays riches en énergie et accueillant ou projetant des projets immobiliers estampillés Trump. Le président américain semble privilégier la dimension économique de sa tournée, misant sur sa capacité à conclure des accords dans un cadre favorable. “C’est son terrain de jeu favori”, estime Jon B. Alterman, du Center for Strategic and International Studies, soulignant l’accueil fastueux que les dirigeants du Golfe réservent au président et à ses proches, souvent traités comme des partenaires d’affaires.
Mais Trump ne pourra échapper complètement aux questions diplomatiques sensibles. Les pays hôtes souhaitent aussi voir des signes clairs de l’engagement stratégique des États-Unis dans la région, notamment sur les dossiers israélo-palestinien et iranien. Certains analystes estiment que Trump pourrait marquer des points simplement en rassurant ses alliés sur la constance de la politique américaine.
Le choix de ne pas se rendre en Israël a été mal perçu par certains responsables israéliens, qui y voient un affaiblissement de la priorité accordée par Washington à leur sécurité. Cette impression s’est renforcée avec l’annonce surprise d’un arrêt des frappes américaines contre les Houthis au Yémen, malgré la poursuite de leurs attaques contre Israël. Par ailleurs, la reprise de négociations entre les États-Unis et l’Iran a inquiété l’État hébreu, qui craint un accord trop laxiste et redoute de ne plus pouvoir compter sur un soutien militaire en cas de frappe contre les sites nucléaires iraniens.
La libération attendue d’Edan Alexander, dernier otage américain vivant à Gaza, annoncée par Trump comme un geste de bonne volonté du Hamas en faveur d’un cessez-le-feu, laisse également planer des incertitudes quant au rôle joué par Israël dans cet arrangement. Officiellement, Israël retarde toute extension de son offensive à Gaza jusqu’à la fin du voyage de Trump, laissant une fenêtre ouverte à une possible trêve.
Du côté iranien, les pourparlers nucléaires avec les États-Unis progressent à pas lents, sans percée majeure après quatre cycles de discussions médiatisés par Oman. Les dirigeants iraniens, sous pression économique et politique intérieure, semblent désireux de poursuivre le dialogue tout en maintenant la menace d’une militarisation de leur programme nucléaire si aucun accord n’est trouvé. La question de la dénomination du Golfe persique — que Trump envisage de renommer “Golfe arabe” — a provoqué un tollé à Téhéran, symbole des tensions culturelles persistantes.
Enfin, cette visite régionale intervient alors que Trump accepte un avion Boeing 747-8 en cadeau de la part de la famille royale qatarie, suscitant des interrogations sur la nature des relations entre le président américain et les puissances du Golfe. Son séjour au Qatar, qui projette un nouveau développement immobilier à son nom, ravive les souvenirs de la crise de 2017, lorsque Trump avait d’abord accusé Doha de financer le terrorisme avant de revenir sur ses propos. L’enjeu, cette fois, sera d’éviter un nouvel épisode diplomatique désastreux dans une région plus instable que jamais.