POLITIQUE International

Trump élargit ses exigences commerciales au-delà des tarifs douaniers pour cibler les pratiques jugées déloyales

Trump élargit ses exigences commerciales au-delà des tarifs douaniers pour cibler les pratiques jugées déloyales
Trump élargit ses exigences commerciales au-delà des tarifs douaniers pour cibler les pratiques jugées déloyales

FRANCFORT — Les nouvelles menaces tarifaires de Donald Trump ne visent pas seulement à taxer les importations : elles s’attaquent à une vaste gamme de pratiques étrangères que le président américain juge injustes, bien au-delà du champ traditionnel des conflits commerciaux. Systèmes fiscaux, normes sanitaires, taux de change, subventions ou exigences administratives — tous sont désormais dans la ligne de mire.

Dévoilé le 2 avril puis suspendu pour 90 jours, le nouveau plan tarifaire vise à forcer d’autres pays à éliminer leurs barrières commerciales, selon l’administration Trump. Mais les objectifs affichés dépassent les taxes douanières classiques. Certains pays ciblés peinent à comprendre ce que Washington attend réellement d’eux, tandis que d’autres, comme l’Inde, ont accepté d’entamer des pourparlers, selon le vice-président JD Vance.

Parmi les enjeux mis en avant par Washington, les taux de change occupent une place centrale. Trump accuse notamment l’Allemagne, la Chine et le Japon de manipuler leur monnaie pour doper leurs exportations. Si la Banque centrale européenne nie viser le taux de change, ses politiques monétaires peuvent indirectement affaiblir l’euro. Le Japon, de son côté, remonte progressivement ses taux d’intérêt, ce qui pourrait renforcer le yen à moyen terme.

Le secteur agricole est également sous pression. Les restrictions japonaises sur le riz, l’interdiction européenne du bœuf aux hormones ou des poulets lavés au chlore, ou encore les règles sud-coréennes sur l’âge du bétail sont autant de points de tension. Modifier ces politiques serait cependant politiquement explosif dans ces pays.

Autre sujet délicat : la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), omniprésente en Europe mais absente aux États-Unis. Trump considère qu’elle pénalise les produits américains, bien que les économistes affirment qu’elle est neutre sur le plan commercial. L’Union européenne a déjà exclu toute négociation sur ce sujet.

S’ajoutent encore les normes de production — comme les exigences japonaises sur les prises de recharge des véhicules électriques — et les procédures douanières jugées opaques, coûteuses ou lentes, qui freinent l’entrée de certains produits américains comme les fruits de mer ou les médicaments.

Mais pour de nombreux observateurs, ces griefs techniques servent surtout à justifier la hausse généralisée des tarifs douaniers voulue par Trump, dont l’objectif principal reste la réduction du déficit commercial. Pour cela, il mise sur une relocalisation massive des chaînes de production vers les États-Unis et sur l’augmentation des achats étrangers de produits américains, notamment dans l’énergie ou l’agroalimentaire.

« Ils veulent que les entreprises européennes déplacent leur production vers l’Amérique et exportent ensuite vers l’Europe », résume Tobias Gehrke, analyste au Conseil européen des relations internationales. « Et si c’est ça, la logique principale, alors il n’y a pas vraiment d’accord possible sur les barrières non tarifaires. »

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