Alors que le président américain Donald Trump s’apprête à entamer mardi une visite d’État en Arabie saoudite, les ambitions de relancer la normalisation diplomatique entre Riyad et Israël semblent plus lointaines que jamais. L’enjeu principal de ce déplacement, selon plusieurs sources diplomatiques, sera plutôt économique : Washington espère sécuriser jusqu’à 1 000 milliards de dollars d’investissements saoudiens, sur fond de rivalité stratégique croissante avec la Chine.
La guerre à Gaza, relancée en octobre 2023 par une offensive du Hamas, a bouleversé les équilibres régionaux. Elle a aussi bloqué les efforts engagés depuis le premier mandat de Trump pour élargir les accords d’Abraham à l’Arabie saoudite. Bien que Riyad ait envisagé une reconnaissance d’Israël en échange d’un pacte de défense américain, l’ampleur de l’offensive israélienne – qui aurait causé la mort de 52 000 personnes et déplacé près de deux millions d’habitants – a mis un terme aux négociations. Le prince héritier Mohammed ben Salmane exige désormais un cessez-le-feu immédiat et une voie crédible vers la création d’un État palestinien.
Face à cette impasse, l’administration Trump semble avoir dissocié la normalisation israélo-saoudienne des discussions économiques et stratégiques avec le royaume. Les deux parties comptent annoncer des projets ambitieux dans les domaines de l’armement, de l’intelligence artificielle et des infrastructures. Trump espère concrétiser un engagement de 1 000 milliards de dollars d’investissements dans l’économie américaine, prolongeant une promesse initiale de 600 milliards formulée par le prince héritier.
Dans les coulisses, les diplomates américains feraient pression sur Israël pour obtenir un cessez-le-feu à Gaza, condition jugée indispensable par Riyad pour toute avancée. Trump pourrait également proposer un plan de sortie de crise, impliquant un gouvernement de transition pour Gaza et de nouveaux dispositifs sécuritaires, avec l’espoir de rouvrir la voie à des négociations régionales.
Cette visite est aussi l’occasion pour Trump de réaffirmer l’influence américaine dans une région où Pékin gagne du terrain. Depuis le lancement du plan Vision 2030, la Chine s’est imposée comme un partenaire central de l’Arabie saoudite, investissant massivement dans l’énergie, les infrastructures et les technologies vertes. Pour contenir cette poussée, Riyad devrait exhorter Trump à lever certaines restrictions américaines sur les investissements étrangers dans les secteurs jugés critiques.
Malgré le faste des cérémonies et l’annonce attendue de mégaprojets, les analystes restent prudents : la normalisation avec Israël reste un dossier explosif pour Riyad, gardien des lieux saints de l’islam. Et les tensions persistantes à Gaza, où Trump n’a pas prévu de se rendre, continuent de jeter une ombre sur ses ambitions diplomatiques au Moyen-Orient.