BRUXELLES — L’Union européenne prévoit de mettre fin à toutes ses importations de gaz naturel russe d’ici à la fin de 2027, dans le but de priver Moscou des revenus énergétiques qui alimentent sa guerre contre l’Ukraine, a annoncé mardi la Commission européenne. Un projet de loi en ce sens sera présenté le mois prochain.
Selon le plan, tout nouveau contrat gazier avec la Russie serait interdit dès la fin de cette année, tandis que les accords existants seraient progressivement supprimés d’ici à 2027. « Poutine a montré qu’il n’avait aucun scrupule à utiliser le gaz comme une arme », a déclaré le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen. « Nous ne voulons plus remplir son coffre de guerre. »
L’UE affirme avoir déjà considérablement réduit sa dépendance à l’égard des énergies fossiles russes depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022 : les importations de gaz sont passées de 45 % à 19 % des volumes totaux, et celles de pétrole de 27 % à seulement 3 %. Toutefois, en 2024, Moscou aurait encore encaissé près de 2 milliards d’euros par mois grâce aux ventes d’énergie aux pays européens.
« Je suis un peu embarrassé que nous ayons encore versé 23 milliards d’euros à la Russie l’an dernier alors qu’elle est en guerre contre nos amis ukrainiens », a reconnu Jørgensen lors d’un point presse à Strasbourg.
Si plusieurs États membres — dont la Pologne et les pays baltes — ont déjà mis fin à leurs importations, d’autres comme la Grèce, la Hongrie et la Slovaquie continuent à recevoir du gaz russe par gazoduc. La Hongrie et la Slovaquie, dirigées par des gouvernements proches du Kremlin, ont également bloqué des aides militaires de l’UE à Kiev et devraient s’opposer au plan énergétique de la Commission.
Pour contourner ce blocage, Bruxelles envisage de faire adopter la mesure à la majorité qualifiée, évitant ainsi la nécessité d’un vote unanime des 27. Le Parlement européen pourrait également être appelé à se prononcer.
Chaque pays membre devra présenter d’ici la fin de l’année un plan de sortie des importations russes. Les contrats d’achat sur les marchés au comptant seront interdits, ce qui pourrait éliminer à lui seul un tiers des volumes importés.
Jørgensen a reconnu que des difficultés subsisteraient, mais il a assuré que la transition serait « progressive et coordonnée », et que des soutiens financiers seraient accordés aux pays les plus vulnérables.
« La Russie représente une menace pour nous tous. Il est de notre responsabilité collective d’agir », a-t-il conclu.