Meta teste une fonctionnalité permettant à son agent d’intelligence artificielle Muse de téléphoner à la place des utilisateurs. Mais l’entreprise envisage de déléguer certains de ces appels à des opérateurs humains, ce qui soulève de sérieuses questions sur la protection des données personnelles.
Déployé aux États-Unis le 8 septembre dernier, Muse est le nouvel agent d’intelligence artificielle de Meta. Conçu pour agir de manière autonome, il est capable d’envoyer des courriels, de réserver des voyages ou d’accomplir diverses tâches en ligne à la place de l’utilisateur. La prochaine étape prévue par l’entreprise : lui permettre de passer des appels téléphoniques sur instruction de l’utilisateur, puis d’en restituer un compte rendu.
Ce qui devait être une fonctionnalité entièrement automatisée comporte toutefois un volet inattendu. Des documents internes de Meta révèlent que Muse pourrait, dans certains cas, transférer l’appel à un agent humain, employé d’un centre d’appels sous-traitant. La formulation figurant dans ces documents est explicite : « Muse est désormais en mesure de transmettre les demandes à un agent formé, qui passe l’appel et assure le suivi. »
L’utilisateur se retrouve ainsi dans une situation pour le moins singulière : il confie une mission à une intelligence artificielle, laquelle peut à son tour la déléguer à un inconnu, sans que le degré de contrôle de l’utilisateur sur cette chaîne soit clairement établi. Pourra-t-on interdire explicitement ce transfert vers un humain ? Meta n’a pas encore apporté de réponse à cette question.
Des employés de Meta eux-mêmes ont alerté en interne sur les risques que cette configuration fait peser sur la confidentialité des échanges. Si un appel pour prendre rendez-vous chez le coiffeur ne présente guère d’enjeu, la situation est tout autre pour un appel médical, une démarche administrative ou toute requête impliquant des informations sensibles. Ces données pourraient ainsi transiter entre les mains de sous-traitants sans que l’utilisateur en soit pleinement informé.
Le porte-parole de Meta, Daniel Roberts, a défendu le dispositif en indiquant que les retours internes étaient « extrêmement positifs » et que cette phase de test visait précisément à « affiner les dispositifs de sécurité et de protection de la vie privée ». Il a ajouté que la fonctionnalité ne serait lancée « que lorsqu’il serait prêt et avec les informations appropriées », sans préciser la nature de ces informations ni leurs destinataires.
La question de la transparence reste donc entière. À mesure que les agents d’IA s’immiscent dans des actes du quotidien jusqu’ici réservés aux humains, la frontière entre assistance numérique et délégation opaque de données personnelles devient de plus en plus difficile à tracer.

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