Il aura fallu plus de cinq heures de traque, trois véhicules de police abîmés, un gendarme blessé et près de 300 kilomètres parcourus pour mettre fin à la cavale d’un jeune homme de 24 ans, jugé hier jeudi 26 juin à Cahors. Le prévenu, déjà connu de la justice pour des faits lourds, a été condamné à trente mois de prison, dont six avec sursis probatoire, pour une série d’infractions mêlant refus d’obtempérer, conduite sans permis, usage de stupéfiants et violences sur personne dépositaire de l’autorité publique. Tout commence le 21 février 2024, à Agen, aux alentours de 23 h 30. La police repère une Audi A3 signalée volée dans la Drôme. Au volant, D., 24 ans, accompagné de sa compagne alors enceinte de cinq mois. Lorsque les forces de l’ordre tentent de l’intercepter, il refuse d’obtempérer, percute un fourgon de police et prend la fuite. Commence alors une course folle, ponctuée d’infractions multiples : circulation à contresens, feux rouges brûlés, stops ignorés et manœuvres dangereuses.
Une cavale de 300 kilomètres et un gendarme blessé
D. conduit sans permis, mais avec une assurance inquiétante. Il actionne les clignotants comme pour brouiller les pistes, balance des mégots par la fenêtre et recule brutalement, blessant un gendarme (trois jours d’incapacité totale de travail). Les forces de l’ordre peinent à l’intercepter. Il faudra que le moteur de l’Audi rende l’âme, à Saint-Cirq-Lapopie, pour mettre un terme à la fuite. D. tente alors de continuer à pied, mais l’état de sa compagne facilite leur interpellation rapide. Interrogé, il reconnaît les faits… ou presque. Oui, il a refusé d’obtempérer. Oui, il n’avait pas de permis. Oui, il avait consommé du cannabis. Mais il jure qu’il n’a jamais voulu blesser quiconque : « J’ai paniqué. J’avais peur de retourner en prison. Je voulais rester un peu plus longtemps avec ma compagne. » Il explique qu’il conduisait « prudemment », en prêtant attention « aux animaux sauvages », et nie toute volonté de percuter les forces de l’ordre.
Un passé lourd et des justifications légères
Avec cinq années déjà passées derrière les barreaux et un antécédent de home-jacking à son actif, D. n’en est pas à son premier passage devant la justice. Pourtant, il tente encore de plaider la réinsertion : il dit vouloir suivre une formation, retrouver un métier qui l’intéresse, voir enfin sa fille qu’il n’a pas connue à la naissance. Son avocate, Me Chein, évoque des excuses sincères et une peur panique de la réincarcération. Elle conteste la qualification de « violences volontaires » et réclame une peine plus mesurée. Peine perdue. La procureure du Lot, Clara Ribeiro, insiste sur la gravité des faits et le sang-froid remarquable des gendarmes. Elle s’oppose à tout aménagement de peine. Le tribunal suit ses réquisitions : 30 mois de prison dont six avec sursis probatoire, interdiction de repasser le permis pendant deux ans, obligation de soins et de travail. La note est salée. D. devra verser 21 000 euros à l’État pour les dégâts matériels, près de 4 000 euros aux parties civiles, et encore davantage lorsque les intérêts civils seront fixés le 10 décembre prochain. Reste à savoir s’il fera appel. Il lui reste dix jours pour se décider.
